«Les socialistes ont vendu leur âme au diable» : réactions, en France, à l’annonce d’un recours au 49.3 sur le budget
© Firas Abdullah/Anadolu Source: Gettyimages.ruAvant même l’officialisation du recours au 49.3 par Sébastien Lecornu, ce 19 janvier après-midi, les journalistes des chaînes d’information ont parcouru leur carnet d’adresse et écumé la salle des Quatre Colonnes afin de recueillir des réactions au sein de la classe politique française. Florilège.
Après un Conseil des ministres ce 19 janvier, Sébastien Lecornu a annoncé sa décision de recourir à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution française, permettant au gouvernement de passer en force au Parlement sur le budget. Une annonce qui avait été anticipée, après que plusieurs médias avaient relayé l’information selon laquelle Lecornu avait opté pour le 49.3 au détriment des ordonnances.
Une décision motivée, selon le Premier ministre, par une détérioration des choses autour du Projet de loi de Finances, sa parole de doter « vite » le pays d’un budget « à 5 % » – au nom de la « crédibilité de la signature de la France » – ou encore son inquiétude « du décalage entre la vie politique nationale et la vie internationale, géopolitique, qui ne cesse de se dérégler ».
Cette décision ayant fuité dans les médias deux heures plus tôt, tout un ensemble de politiques ont eu l’occasion de se prononcer au micro des chaînes d’information sur cette décision du locataire de Matignon. « Après s’être engagé à ne pas utiliser le 49.3, comme quoi on voit bien une fois de plus que les promesses du camp macroniste n’engagent que ceux qui y croient », a taclé au micro de LCI Marine Tondelier. Un « camp macroniste qui ne tient que par la volonté des socialistes de ne pas les censurer », a ajouté la secrétaire nationale des Écologistes, sans toutefois confirmer dès à présent si les députés écologistes prendraient part à un projet de censure à l’encontre du gouvernement.
« Immédiatement, oui », a pour sa part confirmé Éric Coquerel, au micro de LCI, précisant qu’une première motion de censure serait déposée « pour la partie recettes » dès le 20 janvier, suivie d’une deuxième sur la partie dépenses le 23 janvier « si on n’a pas réussi à censurer le gouvernement d’ici là ». « Je préfère un retour aux urnes pour décider du cap économique de ce pays, plutôt que de subir dix-huit mois de plus de macronisme et de ses budgets qui ne correspondent ni aux attentes populaires ni aux besoins du pays », a poursuivi le député de Seine-Saint-Denis.
« Je dis ce soir que les socialistes ont vendu leur âme au diable et ont décidé une nouvelle fois de sauver Emmanuel Macron, son Premier ministre, mais aussi sa politique de violence sociale inouïe », a fustigé au micro de CNews son homologue du Nord Aurélien Le Coq, également en référence aux déclarations des responsables du PS laissant entendre qu'ils ne prendraient pas part à un vote de censure. « Du côté des Insoumis la réaction est ferme, est claire, ça sera la censure : les macronistes n’ont plus rien à faire à ce pouvoir, ils ont perdu les élections, ils doivent partir », a insisté le député LFI.
« La première des promesses du Premier ministre, n’oubliez pas, c’était de donner un budget au pays » a défendu devant les journalistes Prisca Thevenot, députée ensemble pour la République des Hauts-de-Seine, affirmant que Sébastien Lecornu a « fait tout ce qui était en sa capacité pour le faire ». « Maintenant il n’est pas en responsabilité par rapport aux forces politiques présentes à l’Assemblée nationale », a ajouté cette ex-porte-parole du gouvernement.
La « moins mauvaise des solutions », selon le PS
« Effectivement nous avons négocié des mesures de justice », a déclaré au micro de CNews Romain Eskenazi, porte-parole et député PS du Val-d’Oise, prônant la nécessité de « chercher un accord » en faveur d’un « budget dans l’intérêt du pays » et de pointer du doigt une « coalition » formée par « LR et la macronie ». « Il y a donc de fortes chances – je vais casser le suspens – que demain en réunion de groupe puis en bureau national on décide collectivement effectivement d’acter un pacte de non-censure pour doter la France d’un budget plus juste », a-t-il déclaré à BFMTV, après avoir évoqué la reconduite de la surtaxe sur l’IS des plus grandes entreprises annoncée la veille par la porte-parole du gouvernement.
« Si cela avait été les ordonnances, cela aurait été la version un du budget de monsieur Lecornu qui nous aurait été soumise, ce que nous avions appelé le musée des horreurs […] et donc cela aurait été très difficile pour nous de ne pas voter la motion de censure », a-t-il encore déclaré, après avoir évoqué la « moins mauvaise des solutions » dans le contexte parlementaire actuel.
Une ligne similaire a été observée du côté des Républicains (LR), dont le chef de file des députés, Laurent Wauquiez a refusé de se prononcer sur le vote d’une motion de censure contre le gouvernement, assurant vouloir avant « regarder dans le détail » la copie du budget. « C’est uniquement par rapport à cela qu’on décidera », a-t-il insisté auprès des journalistes. « Depuis le début, en l’absence de majorité à l’Assemblée nationale, on sait que ça sera un budget imparfait », a-t-il fait valoir, évoquant la non-augmentation de l’impôt sur le revenu et la préservation de l’abattement fiscal pour les retraités.
Du côté du Rassemblement national (RN), le parti va également prendre le chemin d’une motion de censure. « Est-ce qu’il faut un mauvais budget ? La réponse est non », a déclaré Philippe Ballard, porte-parole du RN, auprès de LCI qui l’interrogeait quant à la potentielle « mise en danger » de la France que pourrait constituer une censure du gouvernement Lecornu.
« Pour l’instant il n’y a aucune décision d’arrêtée », a rapporté dans un premier temps l’élu de l’Oise, accusant les Socialistes et les Républicains de s’être « mis d’accord sur le dos des Français et […] sur le dos des entreprises » en référence à l’annonce par le gouvernement de la reconduite en 2026 de la surtaxation sur les bénéfices des grandes entreprises. Plus tard, en début de soirée, dans un message posté sur X, la chef de file des députés RN, Marine Le Pen a annoncé le dépôt d’une motion de censure par le parti.