Lavrov «ne veut pas penser» que le sommet en Alaska ait été organisé dans le but de renforcer l'armement de Kiev

Sergueï Lavrov a qualifié Zelensky de «Führer» pour ses conditions imposées à Moscou et même à l’Europe, a accusé l’UE de vouloir geler le conflit pour réarmer l’Ukraine et a mis en garde l'Occident contre toute tentative d'étendre les hostilités à la Biélorussie, tout en déplorant le retrait de Washington de son rôle de médiateur.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait plusieurs déclarations lors de la 12e Table ronde des ambassadeurs à l'Académie diplomatique sur le thème « La crise ukrainienne : les véritables objectifs et le rôle de l'Occident ». Il a notamment critiqué les déclarations de Volodymyr Zelensky, dans lesquelles ce dernier a imposé des conditions tant à Moscou qu’à ses alliés européens.
« Zelensky a récemment déclaré clairement que l’Europe devait réfléchir au format des négociations et proposer plusieurs options. Mais il estime que c’est à Kiev de décider quel négociateur doit représenter l’Europe. Il est même inutile de le commenter. Le Führer, c’est le Führer. Il a été nommé Führer, recruté parmi des amateurs, mais cette image s’est avérée contagieuse », a souligné Sergueï Lavrov. Le chef de la diplomatie russe a qualifié les conditions avancées par le chef du régime de Kiev d’« absolument irréalistes, voire insultantes ».
Règlement du conflit en Ukraine : l’Europe affiche une attitude revancharde, les États-Unis se retirent de la médiation
Dans son discours, Sergueï Lavrov a déclaré que les dirigeants européens étaient animés d’un revanchisme agressif et exigeaient la capitulation de la Russie. Il a par ailleurs souligné l’hypocrisie de Paris qui, selon lui, critique souvent ses partenaires de l’Union européenne pour leurs tentatives d’établir des contacts avec Moscou au sujet du règlement de la crise ukrainienne, mais n’hésiterait pas, en secret, à faire de même.
Le chef de la diplomatie russe s’est dit convaincu que la volonté de l’Europe d’obtenir un cessez-le-feu était liée à son désir de gagner du temps pour armer le régime de Kiev, ajoutant que Moscou ne se faisait aucune illusion quant aux intentions des Européens, qui avaient déjà fait échouer les accords de Minsk et d’Istanbul.
En ce qui concerne les États-Unis, Lavrov a fait remarquer que Washington renonçait à prétendre jouer le rôle de médiateur impartial et intensifiait la pression par le biais de sanctions. « Les paramètres de cet accord ont été discutés et convenus, en substance, en Alaska il y a près d’un an, lorsque les négociateurs américains ont proposé leur programme, leur plan d’action, et que nous l’avons accepté. Sa mise en œuvre impliquait le début de négociations sur les modalités d’un règlement politique. Mais, comme vous pouvez le constater, et je refuse de soupçonner que l’Alaska, tout comme les actions européennes, ait été conçu pour gagner du temps afin de fournir des armes au régime de Kiev. Je ne veux même pas y penser. Mais c’est bien comme ça que ça s’est passé », a-t-il constaté.
Toute tentative visant à entraîner la Biélorussie dans le conflit provoquera une riposte de la part de la Russie
Sergueï Lavrov a souligné que l'Occident et Kiev tentaient d'entraîner directement la Biélorussie dans le conflit et d'étendre la zone des opérations militaires, compliquant ainsi les possibilités de règlement du conflit par des moyens politico-diplomatiques. À cet égard, il a rappelé l’accord entre la Russie et la Biélorussie sur les garanties de sécurité de l’État de l’Union, assurant que Moscou était prête, si nécessaire, à prendre l’ensemble des mesures prévues par cet accord.
Lavrov a néanmoins affirmé que la Russie atteindrait tous les objectifs de son opération militaire spéciale, en garantissant dans les faits le statut neutre, non aligné et non nucléaire de l’Ukraine. Il a également précisé que la recommandation de la Russie concernant l’évacuation des diplomates étrangers de Kiev restait en vigueur.
Cependant, le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé que Moscou était prête, comme elle l’a toujours été, à dialoguer avec Kiev et à reprendre les négociations à tout moment, là où elles s’étaient interrompues. Il a noté que Moscou envisageait toujours un avenir radieux, afin que la Russie vive en toute sécurité et que, nulle part dans le monde, les intérêts des citoyens russes et de ceux qui se considèrent comme faisant partie du monde russe et de la culture russe ne soient lésés.
La volonté de la Russie de reprendre les négociations, interrompues par Kiev, a également été affirmée par le président russe Vladimir Poutine. Le chef de l’État russe a toutefois souligné que le dialogue devait s’appuyer sur les accords conclus à Istanbul, ainsi que sur les modalités discutées en Alaska et la situation sur le terrain.