Dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026, les députés ont voté une loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, au nom de leur protection. Jimmy Lisnard-Panetier s’interroge sur les objectifs réels de ce texte, dont la portée pourrait masquer des effets liberticides, comme le scandent ses opposants.
C’est un sujet qui a fait et fait encore débat aujourd’hui en France : faut-il interdire les réseaux sociaux aux mineurs ? Mais avant de se poser cette question, il serait bon de savoir ce que cette loi définit comme un « réseau social ». Et déjà, sur ce point, le bât blesse.
En effet, le texte de loi discuté au Parlement se contente d’interdire « l’accès à un service de réseau social en ligne fourni par une plateforme en ligne » aux mineurs de moins de 15 ans, sans détailler de liste exhaustive de services concernés.
Cette approche laisse volontairement une marge d’interprétation juridique et technique sur ce qui est ou non considéré comme « réseau social », ce qui aura des conséquences directes sur l’application pratique et, surtout, sur ses possibles contestations. Par voie de conséquence, du jour au lendemain, de nouvelles plateformes pourraient être « arbitrairement » visées par cette loi.
Impact réel sur la jeunesse
En France, le cyberharcèlement chez les jeunes n’est pas un phénomène marginal. Selon les dernières études, environ un jeune sur quatre (23 %) âgé de 6 à 18 ans a déclaré avoir été victime d’au moins une forme de harcèlement en ligne en 2024, contre 18 % en 2023, montrant une augmentation notable d’une année sur l’autre. Cette proportion est encore plus élevée chez les lycéens, avec près de 29 % d’entre eux touchés, tandis que les collégiens représentent environ 22 % des victimes.
Les conséquences psychologiques sont significatives : 58 % des jeunes victimes déclarent avoir perdu confiance en eux, et près de 30 % ont envisagé le suicide, soulignant l’ampleur du traumatisme engendré. Même parmi les jeunes adultes, les chiffres restent préoccupants : près de 60 % des 18-25 ans déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement à un moment de leur vie.
Bonne idée, mais mauvaise application
Ces données montrent que le phénomène ne se limite pas aux grandes plateformes sociales ouvertes comme Instagram ou TikTok. Les messageries privées, les groupes de classe et certains jeux en ligne participent également à l’exposition au risque. Et ces derniers ne seront pas ciblés par la loi du gouvernement.
C’est notamment le cas de Roblox, défini comme un jeu vidéo en ligne. Pourtant, ce titre vidéoludique offre de nombreux services que l’on retrouve sur les réseaux sociaux « classiques » : chats et messageries privées, groupes et communautés, partage de créations.
En pratique, ces fonctionnalités font que Roblox fonctionne comme un réseau social de facto, même si son objectif officiel reste le jeu.
Mais si ce genre de plateforme échappe à la loi votée par le gouvernement, l’impact de cette dernière sera-t-il vraiment effectif ?
Une loi sans substance
La loi française se heurte à des limites techniques évidentes. Les jeunes peuvent facilement contourner l’interdiction à l’aide de VPN, qui masquent leur localisation et permettent d’apparaître comme des utilisateurs étrangers. Et même sans cet outil, la vérification de l’âge reste faible si elle repose sur une déclaration sur l’honneur ou un simple numéro de téléphone.
Les solutions plus fiables, comme l’identification via des documents officiels, posent de sérieux problèmes de vie privée et d’anonymat. C’est d’ailleurs ce que les détracteurs de cette loi lui reprochent principalement : la perte d’anonymat.
En effet, pour vérifier l’âge et interdire l’accès aux moins de 15 ans, tous les utilisateurs devront logiquement prouver leur identité. Adultes comme adolescents pourraient être contraints de fournir des documents officiels ou de passer par des systèmes d’identification centralisés. En pratique, cela crée une surveillance généralisée sur les réseaux sociaux, où chaque profil est identifiable et traçable.
Ce contrôle permanent menace directement la vie privée et l’anonymat, piliers essentiels de la liberté d’expression en ligne. Paradoxalement, la mesure, conçue pour protéger les enfants, pourrait exposer l’ensemble des utilisateurs à des risques accrus de piratage ou de fuites de données. Et lorsque l’on observe le nombre de cyberattaques qu’a essuyées la France récemment, cela n’a rien de rassurant.
L’Enfer est pavé de bonnes intentions
Ainsi, sous couvert de protection, la loi ouvre la voie à un internet où l’anonymat disparaît, pour mineurs comme pour adultes, renforçant le contrôle plutôt que la sécurité. Sous couvert de bonnes intentions, les dérives liberticides pourraient être nombreuses.
Lorsque l’on connaît la propension du gouvernement français — et notamment de Macron — à restreindre les libertés en brandissant le « bien commun » — la période du Covid en témoigne — on peut légitimement s’interroger sur ce que les dirigeants de l’Hexagone pourraient mettre en place en s’appuyant sur cette loi. L’interview récente du chef de l’État sur la chaîne YouTube BRUT n’a pas arrangé les choses, surtout lorsque l’on sait que ce dernier ment comme il respire…
La méfiance est donc de mise. Reste désormais à savoir quel avenir connaîtra cette loi, qui ressemble davantage à un énième effet d’annonce qu’à une réponse structurelle à un problème pourtant bien réel.
Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.
