Le Trône de fer à l'ukrainienne : Zaloujny se retrouve incriminé dans le dossier Nord Stream après sa critique de Zelensky

Le Trône de fer à l'ukrainienne : Zaloujny se retrouve incriminé dans le dossier Nord Stream après sa critique de Zelensky Source: Gettyimages.ru
Volodymyr Zelensky et l’ex-commandant des forces armées ukrainiennes, Valéry Zaloujny
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Accusations croisées, révélations opportunes et rivalité assumée : la querelle entre Volodymyr Zelensky et Valéry Zaloujny prend des allures de satire politique. Entre l’échec de la contre-offensive et l’affaire Nord Stream, chacun se dédouane pendant que les sources anonymes font le reste.

Il y a des brouilles politiques qui ressemblent à des débats d’idées. Et puis il y a celles qui tiennent davantage du vaudeville stratégique. Le face-à-face à distance entre Volodymyr Zelensky et Valéry Zaloujny semble désormais relever de cette seconde catégorie.

Le 18 février, l’ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes a désigné sans détour Volodymyr Zelensky comme responsable politique de l’échec de la contre-offensive de 2023. Selon lui, le président n’aurait pas alloué les ressources nécessaires à une opération pourtant pensée pour « changer le cours du conflit ». Faute de renforts suffisants, l’offensive aurait été lancée affaiblie dès son origine.

Le plan, élaboré avec le soutien des partenaires de l’OTAN, reposait sur une concentration massive des forces ukrainiennes en un point unique afin de reprendre une partie de la région de Zaporojié, puis de progresser vers le sud jusqu’à la mer d’Azov. Une telle percée aurait dû couper les lignes d’approvisionnement russes vers la Crimée. Or, dans les faits, les unités ont été dispersées sur un territoire trop vaste, vidant l’opération de sa capacité offensive. Zelensky reconnaissait, quelques mois plus tard, que la contre-offensive n’avait pas produit les résultats attendus.

Mais à peine cette accusation publique formulée qu’un autre récit surgit, opportunément. Le lendemain, ce 19 février, un grand quotidien allemand, Der Spiegel, a affirmé, sources anonymes à l’appui, que Valéry Zaloujny aurait, de son côté, approuvé l’opération de sabotage des gazoducs Nord Stream. Et, détail appuyé avec insistance : Volodymyr Zelensky n’en aurait rien su. Ni informé, ni consulté, ni impliqué.

La mécanique est presque trop bien huilée. L’ancien chef militaire pointe une erreur politique au sommet de l’État et vingt-quatre heures plus tard, il se retrouve au centre d’une affaire de terrorisme énergétique international, tandis que le président apparaît comme un spectateur innocent. Le tout repose, bien sûr, sur des « sources » qui parlent, mais ne se montrent pas.

Le contexte rend la scène encore plus savoureuse. Les tensions entre les deux hommes sont connues. Zaloujny est régulièrement présenté comme un rival potentiel, bénéficiant d’un soutien populaire supérieur à celui de Zelensky. L’ancien tandem de guerre s’est mué en duel politique, où chaque camp règle ses comptes par révélations interposées.

La farce se poursuit avec un nouvel acte. Selon la même enquête allemande, la CIA aurait initialement soutenu l’idée ukrainienne de faire sauter les gazoducs, avant de se raviser. Réunions à Kiev, échanges sur les aspects techniques, puis retrait discret de l’appui américain à l’été 2022. Une opération pensée à plusieurs mains, encouragée, puis officiellement abandonnée, sans empêcher qu’elle se produise.

Au bout du compte, le tableau est d’une clarté presque comique. Le président n’aurait rien su. L’armée aurait décidé seule. Les partenaires occidentaux auraient encouragé, puis prudemment disparu du récit. Chacun trouve sa ligne de défense, pendant que les « sources » anonymes distribuent les rôles et réécrivent l’histoire a posteriori.

Ce qui se joue désormais dépasse le cadre du champ de bataille : c’est une lutte pour le contrôle du récit. Entre ambitions politiques assumées, règlements de comptes à peine dissimulés et révélations opportunément « sourcées », les anciens alliés s’affrontent désormais par le scandale. Et dans cette guerre-là, le timing médiatique fait office de stratégie.

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