Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

La Russie, ennemi utile des élites globalistes

La Russie, ennemi utile des élites globalistes Source: Gettyimages.ru
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio lors de son intervention à la conférence de sécurité de Munich en février 2026
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Cette année, la Conférence de Munich, dite le «Davos de la sécurité», a particulièrement été marquée par sa tonalité guerrière et la volonté américaine de contrôle total de l’Occident. Pour Karine Béchet, c’est une constante dont la Russie doit impérativement tenir compte.

Beaucoup se souviennent du discours de Munich prononcé par Hitler en 1938. Il est devenu très symbolique. Pourtant, celui de 1939, devant le Reichstag, en l’honneur des six années de prise de pouvoir par les nazis, est aujourd’hui d’une actualité étonnante.

Dans ce discours, Hitler accuse préventivement les Juifs d’être à l’origine d’une guerre mondiale qui se profile — et qui, en réalité, a déjà commencé du fait de la volonté hégémonique allemande. Remplacez aujourd’hui « Juifs » par « Russes », et la folie hégémonique allemande par celle des Atlantistes : vous obtenez une parfaite image de la Conférence de Munich de 2026.

Le Secrétaire d’État américain et le chancelier allemand donnent le ton du « nouveau » monde voulu par les Américains, un monde qui, en réalité, n’est qu’une parodie poussée à l’extrême de « l’ancien », celui de la mondialisation incontestée et atlantico-centrée.

Ainsi, déclare-t-il : « Nous vivons dans une nouvelle ère géopolitique, et cela nous obligera tous à repenser, d'une manière ou d'une autre, à quoi cela ressemblera et quel sera notre rôle. » Pour apporter immédiatement la réponse : « Nous ne pouvons plus permettre à ceux qui menacent ouvertement nos citoyens et la stabilité mondiale de se cacher derrière le droit international, qu’ils violent eux-mêmes… Nous espérons que l’Europe nous rejoindra à nouveau sur ce chemin. »

Non, ce n’est pas une parodie. Les États-Unis, qui violent la souveraineté des États quotidiennement, donc le droit international, ne parlent évidemment pas d’eux-mêmes, mais des « autres ». Les méchants, ceux qui ne sont pas soumis. Ceux qui ne veulent pas entrer dans le culte de « Trump, le pacifiste », tel Lénine sur son piédestal levant le bras pour montrer la voie. Au monde occidental, cette fois, comme Rubio l’affirme. Le monde occidental — « leur » monde.

La seule voie pour l’Europe est celle de la soumission totale aux États-Unis. Rubio vient de le rappeler. C’est pour cela qu’ils ont besoin de revenir sur les dérives idéologiques de la globalisation, qui ont affaibli les élites atlantistes dans les pays européens, fait monter les contestations populaires et, ce faisant, remis en cause la Globalisation comme seule et unique voie acceptable.

C’est en ce sens que les États-Unis ont besoin d’une Europe forte. Non pas d’une Europe européenne, mais d’une Europe qui soit en mesure de mettre en œuvre la politique déterminée aux États-Unis et de fournir les efforts suffisants pour défendre leurs intérêts dans le monde.

À ce sujet, comme l’a souligné le secrétaire général de l’OTAN, les États-Unis vont fournir 15 milliards de dollars d’armes à l’Ukraine cette année, armes qui seront payées par les pays de l’OTAN, dont les Européens. Et pendant ce temps-là, ces mêmes Américains se présentent comme arbitres dans le conflit en Ukraine et organisent une réunion de négociations avec la Russie « pour la paix », à Genève, qui a depuis longtemps renoncé à sa neutralité.

Le chancelier allemand relance la rhétorique américaine et prévient : le monde est au bord de la guerre. Il est vrai que les Atlantistes font tout pour cela… Et Merz de déclarer : « Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de guerres et de conflits ouverts, qui nous tiennent en haleine et changent notre monde plus radicalement que nous ne l'avons cru pendant de nombreuses années. »

Et dans cette logique, l’Allemagne est prête à mettre sur pied la plus grande armée d’Europe, comptant manifestement sur l’alignement de Macron pour offrir la dissuasion nucléaire, puisque la France et la Grande-Bretagne se préparent déjà à renforcer leur collaboration en la matière.

Il ne s’agit pas d’une armée « allemande », au sens classique du terme. Pas plus que la dissuasion nucléaire française ne peut rester « française ». Tout doit être « européanisé », afin de servir les intérêts atlantistes. L’UE, qui monopolise l’Europe aujourd’hui, n’est qu’un organe régional de gouvernance globale.

Rubio l’a bien précisé à Munich, sans aucune note d’humour : « J’ai rencontré mes homologues du G7 à Munich pour promouvoir la vision du président des États-Unis consistant à construire la paix par la force. Nous avons discuté des efforts déployés pour mettre fin à la guerre russo-ukrainienne, promouvoir la stabilité au Venezuela et contrer les menaces mondiales afin de parvenir à la paix et à la prospérité internationales. »

Nous parlons bien de la guerre en Ukraine, déclenchée justement par les Américains en 2014 pour affaiblir la Russie ; de l’agression du Venezuela, toujours par les Américains, ces derniers mois ; quant aux autres conflits, sans le soutien actif — et à peine dissimulé — des États-Unis, quand il ne s’agit pas de leur implication directe, une grande partie d’entre eux n’existeraient pas.

Qu’est-il donc reproché à ces pays ? De ne pas réfuter leur intérêt national au profit de l’intérêt supérieur globaliste, américano-centré. Et cela mérite bien une petite guerre, pardon, « la paix par la force ».

Et Macron tient la ligne américaine, celle d’une armée européenne. Qui doit se battre contre qui ? Manifestement contre la Russie — même après la « paix ». Une « armée » sans souverain national, entre les mains de puissances étrangères et globales.

La Russie est une menace constante — et utile. Les leaders européens le répètent en boucle. Elle représente pour eux, personnellement, une menace uniquement par son existence. L’UE annonce que la guerre en Ukraine est leur guerre, et un financement supplémentaire de 90 millions d’euros est lancé.

Il serait bien que les élites dirigeantes russes, manifestement partagées sur la voie des négociations, en tiennent compte. Rien ne sera plus « comme avant ». Ce monde et son illusion ont disparu. En revanche, le monde d’après dépendra, pour beaucoup, des choix politiques actuels de la Russie. Car aujourd’hui, c’est bien un combat pour ce futur monde qui se déroule.

« Alors que la paix se dessine, la Russie continue de tuer des civils », affirme Macron. Ou encore : « Un jour, les Russes devront rendre compte de l’énormité de leurs crimes. Nous ne baisserons pas la garde. » La Russie est l’ennemi de ces élites, européennes comme américaines.

La Conférence de Munich 2026 fut une redite de 1939. Ceux qui agressent et déstabilisent accusent les agressés. De quoi ? De ne pas s’être rendus sans se battre. Ces élites atlantistes, européennes et américaines, sont le véritable ennemi de la Russie en particulier, et du monde en général. Elles sont prêtes à tout pour garder et renforcer leur pouvoir. Et elles viennent de le déclarer ouvertement.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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