Crise de la santé en France : des experts dénoncent la réorganisation de Santé publique France
© Wiki commonsUn collectif de 350 médecins, chercheurs et acteurs de santé publique exprime sa «stupeur» face au projet gouvernemental de réorganisation de Santé publique France. Ils alertent sur un «quasi-démantèlement» des campagnes de prévention, transférées au ministère de la Santé.
La réorganisation annoncée fin janvier par le gouvernement suscite une vive levée de boucliers dans le milieu de la santé publique. Baptisée « recentrage stratégique », elle prévoit le transfert de missions clés de l’agence vers le ministère et l’Assurance-maladie, provoquant des craintes de perte d’autonomie et de politisation de la prévention, et menaçant l’indépendance scientifique et l’efficacité des actions de promotion de la santé.
Un prix Nobel et des chercheurs contre la réforme gouvernementale
Dans une tribune publiée le 15 février dans Le Monde, plus de 350 signataires, dont Françoise Barré-Sinoussi (prix Nobel), Dominique Costagliola et Serge Hercberg, dénoncent une décision prise « sans bilan public, sans évaluation partagée, sans concertation avec la société civile ».
Un collectif de 350 acteurs de santé publique dénonce la réorganisation prévue de l'agence sanitaire Santé publique France et appelle à préserver son rôle dans les campagnes de prévention, dans une tribune publiée hier dans Le Monde.https://t.co/9n3usgGnsD
— What's up Doc (@whatsupdoc_mag) February 16, 2026
Ils estiment que ce transfert des campagnes de prévention (à partir de 2027) vers le ministère « prend un air de quasi-démantèlement de son activité en matière de campagnes de prévention ».
Créée en 2016, Santé publique France regroupe la surveillance épidémiologique, la veille sanitaire et la promotion de la santé. Les experts rappellent ses succès, comme la campagne « Mois sans tabac », qui a contribué à réduire de quatre millions le nombre de fumeurs en dix ans, ou encore les actions menées sur la nutrition, la santé sexuelle et l’alcool.
« Les campagnes de prévention, ce n’est pas de la communication. Derrière, il y a tout un travail d’expertise scientifique », insiste Anne Vuillemin, présidente de la Société française de santé publique, à l’initiative de la tribune.
Le transfert menace le principe fondamental de distinction entre évaluation scientifique des risques et décision politique, essentiel à la confiance du public.
Les signataires alertent sur les enjeux actuels : maladies chroniques, inégalités de santé, expositions environnementales et influence industrielle. « Pour protéger les populations, il est indispensable de disposer d’une expertise publique forte, structurée et indépendante des décideurs politiques », écrivent-ils.
Les professionnels appellent à sanctuariser l’expertise indépendante afin de garantir des politiques de santé durables, fondées sur la science.