Le maire de Kiev exhorte les habitants à fuir la ville face au chaos énergétique
Source: Gettyimages.ruÀ Kiev, la situation énergétique vire à la catastrophe. Face à un réseau électrique à moitié détruit, des coupures interminables et des températures extrêmes, le maire Vitaly Klitchko recommande aux habitants de fuir la ville. Tandis que la capitale s’enfonce dans le chaos, les autorités ukrainiennes décrètent l’état d’urgence.
Le maire de Kiev, Vitaly Klitchko, a exhorté les habitants à quitter la ville afin de réduire la pression sur les infrastructures énergétiques qui sont au bord de la rupture. Cet appel, lancé dans une interview accordée à Reuters, intervient alors que la capitale traverse ce qu’il décrit comme « la crise énergétique la plus grave depuis février 2022 ».
La situation à Kiev est critique. Les températures sont descendues jusqu’à –17 °C, tandis que de vastes quartiers restent privés d’électricité et de chauffage. « Pour la première fois dans l’histoire, en pleine période de grands froids, la majeure partie de Kiev se retrouve sans chauffage et avec un énorme déficit d’électricité », a déclaré Klitchko.
Selon lui, la capitale a besoin de 1700 mégawatts pour assurer les besoins de ses 3,6 millions d’habitants. Or, Kiev ne dispose actuellement que de la moitié de cette capacité. Des installations énergétiques déjà fragilisées par des années de sous-investissement et de mauvaise gestion ont subi de lourds dommages fin 2025, aggravant brutalement la situation. Face à l’ampleur de la crise, le ministre ukrainien de l’Énergie, Denis Chmygal, a annoncé l’instauration d’un état d’urgence énergétique à l’échelle nationale.
Coupures prolongées et détresse de la population
Sur le terrain, la situation ne cesse de se détériorer. Les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à 20 heures par jour. Environ 100 immeubles restent totalement privés de chauffage, malgré les générateurs fournis par les pays occidentaux, dont l’efficacité reste limitée. Les autorités ont ouvert plus de 1300 points de chauffage d’urgence, et installé plusieurs « mini-centrales thermiques » dans certains quartiers.
Ces mesures restent largement insuffisantes. Dans de nombreux immeubles, les canalisations ont gelé ou éclaté, provoquant des inondations dans des logements déjà plongés dans le froid. Selon Oleg Popenko, président de l’Union des consommateurs des services communaux d’Ukraine, entre 100 000 et 150 000 habitants resteront sans chauffage jusqu’à la fin de l’hiver. Il estime que les réparations prendront « de 8 à 10 mois » selon le scénario le plus optimiste.
La crise énergétique a également des conséquences économiques et sociales visibles. Les commerces ferment, les rayons se vident, et de longues files d’attente se forment devant les supermarchés encore ouverts. Les écoles ont suspendu les cours du 19 janvier au 1er février, avec un rattrapage prévu au printemps et en été. De nombreuses entreprises ont été contraintes de passer au télétravail, faute de conditions minimales pour fonctionner.
Les transports électriques de la capitale ont été suspendus et remplacés par des bus redéployés sur les lignes prioritaires. Selon l’opérateur DTEK, plus de 56 000 personnes sont privées d’électricité dans la seule région de Boucha. Le ministère ukrainien de l’Énergie reconnaît que les plans de délestage habituels ne sont plus applicables, tant le réseau est endommagé.
Divisions politiques et responsabilité du pouvoir ukrainien
Des images montrent des habitants livrés à eux-mêmes, tentant de survivre dans des appartements glacés ou inondés. Malgré le soutien massif de l’Occident, les autorités ukrainiennes peinent à garantir les besoins élémentaires de la population.
Volodymyr Zelensky a publiquement reproché à Klitchko un manque de préparation et d’efficacité, affirmant que « peu de choses ont été faites dans la capitale » par rapport à d’autres régions. Le maire a vivement rejeté ces accusations, dénonçant une attaque politique injustifiée. Il a déclaré être la cible d’une campagne de « haine totale » pour avoir osé avertir les habitants de la gravité de la situation. Il assure que les services municipaux travaillent « jour et nuit » pour tenter de rétablir l’approvisionnement en énergie et en chauffage.
À Kiev, le pouvoir s’enlise dans des querelles internes, tandis que la population continue de subir les conséquences d’une crise mal gérée.