Canicule en France : les funérariums parisiens saturés, des climatiseurs finalement commandés pour les hôpitaux
© Vincent Kalut / Photonews Source: Gettyimages.ruAprès plusieurs jours d’une vague de chaleur historique, et alors que l'on attend déjà le prochain épisode caniculaire, les funérariums de la capitale française tourneraient à plein régime. Plus de 1 000 décès supplémentaires, sur cinq jours, ont déjà été recensés, avec en toile de fond le très franco-français débat autour de la climatisation.
Vingt ans après la canicule de l’été 2003, les dirigeants français n’auraient-ils rien retenu ? Alors que l’ampleur de l’impact de la dernière vague de chaleur qui s’est abattue sur la France demeure encore incertain, Santé publique France a rapporté ce 28 juin avoir observé, « depuis le 24 juin » environ, « 1 000 décès supplémentaires – chiffres non consolidés » par rapport aux décès constatés les mois précédents et d’évoquer « une hausse de 40 % des seuls décès à domicile ». Toujours sur ces seuls chiffres des décès à domiciles, ils étaient en fin de semaine, selon le SAMU, près de 16 fois supérieurs au nombre moyen, hors canicule, dans la capitale.
Conséquence très concrète : cela bouchonne dans les morgues parisiennes. Selon le site Actu.fr les deux funérariums intra-muros sont « saturés » et les corps sont « orientés » vers des structures en banlieue. « Les maisons funéraires sont saturées et on n’arrive plus à trouver de place pour nos défunts, donc cela devient très compliqué », a témoigné auprès de BFMTV un directeur de pompes funèbres en région parisienne, évoquant « un pic de décès assez violent » depuis plusieurs jours, se traduisant par un allongement des délais pour les crémations.
« J’ai des données, au ministère de la Santé, qui arrivent avec un décalage », concédait le 27 juin la ministre française de la Santé Stéphanie Rist face à des journalistes, pointant du doigt les délais d’établissement et de transmission des certificats de décès « au format de papier ». « Pendant le Covid, il suffisait de faire un test Covid pour savoir que le malade était décédé du Covid, je n’ai pas avec la canicule un test canicule », a-t-elle par ailleurs déclaré, laissant présager d’une certaine marge de manœuvre quant à l’attribution des décès à cet épisode de chaleur déjà considéré comme historique. Cette surmortalité liée à la canicule « est une évidence » a de son côté balayé le ministère de l’Intérieur Laurent Nunez.
Une fatalité que refusent certains élus. « Beaucoup de morts auraient pu être évités et le gouvernement a une lourde responsabilité », a fustigé ce 28 juin sur le plateau de la matinale de LCI la député La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé. Cette dernière a pointé du doigt les « coupes budgétaires, extrêmement importantes » dans les hôpitaux et certaines incohérences dans la rénovation de certains logements, sans glisser un mot sur la climatisation, sous-déployée – en particulier dans les infrastructures publiques – en France, en comparaison à d’autres pays développés.
Sur les réseaux sociaux, la pilule passe visiblement mal. « À chaque crise sanitaire, c’est toujours la même chose », s’insurge un twitto. « Ce coup-là, vous nous l'avez déjà fait en 2019 », enchaine un autre. « EELV est responsable de ces morts », accuse encore un internaute. « En France, on préfère culpabiliser ceux qui allument la clim. Bienvenue en Absurdistan », peut-on encore lire parmi les nombreuses réactions.
Canicule 2026 : la plupart des morts « auraient pu être évitées »
« Ça ce n’est pas de l’adaptation au changement climatique ! », avait lancé aux caméras le 26 juin la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, après s’être déclarée « horrifiée » des appels à « mettre la clim’ partout » la renvoyant à « une mesure d’urgence, peut-être, qu’on peut prendre ». « Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? […] vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? », s’était-t-elle agacée. « La clim est un faux débat », estimait un climatologue du CNRS, sur le plateau de BFMTV. « La clim fait partie des stratégies d’obstruction, qui permettent en fait de masquer les réalités du problème et ces stratégies d’obstruction il faut les dénoncer », pointant notamment du doigt des « lobbies ».
À la suite de la canicule de l’été 2003, qui avait causé la mort de 15 000 personnes en quinze jours en France, un jour de congé a été sacrifié – à l'origine le lundi de Pentecôte – au nom de la « solidarité » nationale, dans le but affiché de financer des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap. Résulte en moyenne de cette journée de travail supplémentaire et non rémunérée, 3,4 milliards d’euros de recettes annuelles supplémentaires pour les caisses de l’État.
Un montant non négligeable qui, deux décennies plus tard, interpelle. « La plupart » des morts pendant cet épisode de canicule « auraient pu être évitées », a déploré sur le plateau de BFMTV le député Rassemblement national (RN) de la Somme Jean-Philippe Tanguy, fustigeant « la politique lamentable depuis 20 ans ».
« Aujourd’hui, en 2026, on construit encore un hôpital sans climatisation », avait dénoncé plus tôt, sur le plateau de France info, le président de Reconquête Éric Zemmour, en référence au chantier titanesque du futur CHU de Nantes, dont seule une partie sera climatisée. Alors qu’un nouvel épisode de fortes chaleurs est attendu en France début juillet, le gouvernement a annoncé la commande, en urgence, de 30 000 climatiseurs « pour les hôpitaux ».