Zelensky menace la Biélorussie et, mine de rien, se déclare vainqueur

Zelensky menace la Biélorussie et, mine de rien, se déclare vainqueur Source: Gettyimages.ru
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Le psychodrame de la station relais a mis au grand jour les appétits de Kiev pour l’escalade, ainsi que ses conséquences.

Sergueï Poletaev, analyste et publiciste, co-fondateur et éditeur du projet Vatfor.

Le 19 juin, l’Ukrainien Vladimir Zelensky a adressé au président de la Biélorussie Alexandre Loukachenko un ultimatum exigeant le démantèlement de stations relais prétendument situées sur le territoire biélorusse et soit disant utilisées pour guider les attaques de drones russes contre l’Ukraine.

Le 24 juin, Zelensky a annoncé que Loukachenko s’était conformé à l’ultimatum et que les stations relais n’étaient plus opérationnelles. Loukachenko n’a fait aucun commentaire et aucune preuve de l’existence ou du retrait des stations n’a été fournie. Nous sommes censés prendre les affirmations de Zelensky pour argent comptant. Nous allons voir ce qu’il en est, pourquoi Kiev a eu recours à une telle escalade verbale, et pourquoi cela s’est terminée comme ça s’est terminé.

Que s’est-il passé et où ?

L’Ukraine est frontalière de la Russie sur son flanc est et nord-est, tandis que la Biélorussie borde l’Ukraine sur sa frontière nord. Ainsi, la Biélorussie constitue le chemin le plus direct pour accéder aux régions occidentales de l’Ukraine ainsi qu’à la frontière entre la Pologne et l’Ukraine. De plus, la distance qui sépare à vol d’oiseau Kiev de la frontière avec la Biélorussie est de moins de 100 kilomètres.

La Biélorussie toutefois ne participe pas à l’opération militaire spéciale menée par la Russie. La seule fois où la Russie est passée par la Biélorussie pour entrer en Ukraine, c’était en 2022, au moment où les troupes russes ont été aéroportées de la région de Gomel vers l’aérodrome de Gostmel, près de Kiev, puis pour approvisionner le groupe de Gostmel par voie terrestre. Lors de leur retrait début avril 2022, les troupes russes se sont également retirées à Gomel en Biélorussie. Pour la Russie, la Biélorussie est un « allié non impliqué dans les combats ».

Du reste, le président biélorusse Alexandre Loukachenko se considère davantage comme un médiateur entre la Russie et l’Ukraine. Les premières négociations en 2022 se sont d’ailleurs déroulées à Gomel, avant de se poursuivre, une semaine plus tard, à Istanbul.

Cependant, au nord, la Biélorussie fait peser une menace sérieuse et permanente sur l’Ukraine, qui est forcée de maintenir une couverture d’infanterie et des unités de défense aérienne sur les 1 000 kilomètres de frontière commune qu’elle partage avec la Biélorussie. Surtout que ces dizaines de milliers de soldats, peu aguerris au combat, seraient bien utiles au front, étant donné le manque catastrophique d’effectifs dont souffre l’armée ukrainienne.

Zelensky lui-même est très nerveux. Depuis janvier 2022, il a durci son discours à l’égard de Loukachenko, jusqu’à lui imposer des sanctions en février.

La question des stations relais a également été soulevée à plusieurs reprises. En février 2023, par exemple, Zelensky déclarait que la partie ukrainienne faisait tout son possible pour « mettre fin à l’existence de trois des quatre stations » en Biélorussie. Comme aujourd’hui, aucune information sur l’existence ou le retrait des stations n’a été publiée.

Le 18 avril, Zelensky déclarait que, sur les ordres de la Russie, la Biélorussie se préparait à attaquer l’Ukraine - sur ordre de Loukachenko des routes vers la frontière ukrainienne seraient en construction et de l’artillerie serait en cours de déploiement - et de manière assez grossière a menacé le président biélorusse du même sort que Maduro, le président enlevé.

Toutes ces histoires sont sorties dans les médias pour rapidement disparaître sans que rien ne se soit passé sur le terrain. De leur côté, les Biélorusses ont fait une réponse modérée en disant clairement qu’ils ne cherchaient pas le conflit, mais qu’ils étaient prêts à se défendre si nécessaire et qu’ils ne toléreraient aucune agression.

Bien que bien équipée, il faut noter que l’armée biélorusse est très réduite. En temps de paix elle ne compte guère plus de 20 000 hommes. Avec l’appel des réservistes, ce nombre pourrait rapidement passer à 100 000. Mais malgré les exercices réguliers de mobilisation, rien en Biélorussie ne laisse présager un appel aux forces de réserve.

En tout cas, l’ultimatum de Zelensky n’est que la suite logique de son discours agressif. Cela n’a fait du bruit qu’à cause du délai d’une semaine à l’issue duquel il a promis de « retirer lui-même les équipements russes du territoire de la Biélorussie ». Il a également menacé de frapper les raffineries de pétrole qui, selon lui, permettraient de fournir du carburant à l’armée russe.

Quelles étaient donc les possibilités ?

Les soutiens à l’Ukraine ont pris au sérieux et même avec un certain enthousiasme les menaces de Zelensky. C’est compréhensible : selon les médias occidentaux, l’Ukraine, depuis le début de l’année, a retourné la situation et prend de façon décisive le dessus sur la Russie dans les airs. Dans cette optique, il est tout à fait logique d’étendre le conflit aux alliés de Moscou.

L’ultimatum de Zelensky peut donner quatre résultats :

- Premièrement (improbable) Loukachenko s’est conformé à l’ultimatum en admettant publiquement la présence des stations relais, mais qu’elles ont été retirées à la demande de l’Ukraine. Autre solution : il pourrait refuser publiquement de fournir du carburant aux Russes.

- Deuxièmement, l’Ukraine pourrait avoir mené une attaque aérienne massive et d’envergure sur des cibles en Biélorussie. Outre les stations relais, elle aurait pu viser la raffinerie de Mozyr, ainsi que des infrastructures énergétiques.

- Troisièmement, comme en février, Zelensky pourrait déclarer que les stations relais ont été détruites. Il a annoncé la menace et il l’a écartée. L’histoire pourrait ainsi être sans intérêt et oubliée en quelques jours.

- Enfin quatrièmement, l’Ukraine pourrait lancer des provocations de faible envergure contre la Biélorussie en poussant plus loin ses lignes rouges. D’abord un ou deux drones pourraient frapper des cibles de peu d’intérêt voire une zone boisée et isolée. Puis les drones se feraient plus nombreux et les cibles plus importantes, et en quelques semaines ou quelques mois le ciel biélorusse deviendrait aussi agité que celui de la partie européenne de la Russie. Moscou serait alors contrainte de venir en aide à son allié en lui fournissant des systèmes de défense anti-missiles, ce qui dégarnirait son territoire et affaiblirait son propre espace aérien.

Cette dernière option pourrait être une solution avantageuse pour Kiev. L’Ukraine étant déjà sous le feu, elle n’a rien à perdre et peut donc compliquer les choses pour Moscou sans trop de risque. Il est fort probable que cette « tactique du salami » ne suscite pas de réponse sérieuse.

Cette solution est toutefois très risquée. Jusqu’ici, Kiev s’est abstenue de déclarer que les attaques aériennes sur son territoire étaient menées depuis la Biélorussie. Mais après la première attaque ukrainienne, Loukachenko pourrait invoquer la protection de Moscou, ce que Moscou accepterait en vertu de ses obligations d’allié.

La suite, c’est l’utilisation de l’espace aérien biélorusse pour attaquer l’Ukraine. Nous avons déjà évoqué les 1 000 kilomètres de frontières communes avec l’Ukraine. Actuellement, pour attaquer Kiev, un drone de type Geran doit survoler l’Ukraine sur 300 à 500 kilomètres, ce qui signifie que les équipes mobiles ont de bonnes chances de détecter et d’abattre le drone avant qu’il n’atteigne sa cible.

En revanche, la distance entre Kiev et la frontière biélorusse à vol d’oiseau n’est que d’à peine 100 kilomètres. La capitale ukrainienne pourrait alors être attaquée directement par des munitions à guidage de précision UMPK contre lesquelles les défenses anti-aériennes sont virtuellement inefficaces. Actuellement, les bombes UMPK sont seulement utilisées sur le front sans possibilité d’atteindre les villes ukrainiennes à l’arrière.

Ces munitions guidées avec précision pourraient également viser la voie ferrée d’une importance stratégique qui relie Kiev à la Pologne par la frontière nord. Par conséquent, une réponse propre et décisive aurait un effet opposé à celui escompté par Kiev. En effet, Kiev et les villes à l’arrière seraient rendues plus vulnérables.

Kiev comprend donc bien qu’entraîner la Biélorussie dans le conflit ne ferait qu’affaiblir considérablement la position stratégique de l’Ukraine.

Nous savons tous comment l’histoire des stations relais s’est terminée. Exactement comme en février, Zelensky a choisi la troisième solution en déclarant que les stations avaient été détruites à sa demande. Sa tentative de bluffer Loukachenko avec ses ultimatums a échoué. Dans le même temps, Minsk n’a fait aucun commentaire du tout, ne tenant compte ni de l’ultimatum, ni de sa révocation miraculeuse.

Cependant, d’une manière plus générale, ce n’est pas tout à fait la fin de l’histoire. Zelensky, avec sa logique d’escalade verbale, n’a d’autre solution que recourir sans cesse à la menace. Après tout, les drones continueront toujours à voler, et aucune formule magique sur internet ne pourra répondre à la menace des antennes.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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