Massacre de Thiaroye : la justice française reconnaît la responsabilité de l’État pour dissimulation

Massacre de Thiaroye : la justice française reconnaît la responsabilité de l’État pour dissimulation© Sylvain Cherkaoui Source: AP
Des étudiants devant le collège Thiaroye 44 à Thiaroye, au Sénégal. [Photo d'archives]
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Plus de 80 ans après les faits, le tribunal administratif de Paris a condamné, le 27 mars, l’État français pour ne pas avoir fait toute la lumière sur la mort d’un tirailleur africain tué lors du massacre de Thiaroye en 1944, une décision qualifiée d’historique.

La justice administrative française a reconnu, le 27 mars, la responsabilité de l’État dans la dissimulation des circonstances entourant la mort d’un tirailleur africain lors du massacre de Thiaroye. Le tribunal administratif de Paris a estimé que les autorités n’avaient pas mis en œuvre les moyens nécessaires pour établir la vérité sur ce drame survenu le 1er décembre 1944, près de Dakar.

L’affaire avait été portée par Biram Senghor, fils d’un soldat tué ce jour-là, qui dénonçait des décennies de silence et d’informations erronées transmises à sa famille. Dans sa décision, la juridiction souligne que les autorités françaises avaient fourni, dans les années suivant les faits, « plusieurs informations erronées », affirmant notamment que le tirailleur était déserteur et que sa solde avait été intégralement versée.

Le tribunal relève également que l’État n’a pas engagé toutes les démarches nécessaires pour déterminer les circonstances exactes du décès ni le lieu de sépulture du soldat. Ces « carences » constituent, selon la justice, une faute engageant la responsabilité de l’État.

Une reconnaissance partielle mais symbolique

En raison de la prescription des faits, la justice n’a pas pu condamner l’État pour la mort elle-même. Elle a toutefois reconnu un préjudice moral lié à l’absence de recherche de la vérité, accordant une indemnisation de 10 000 euros au plaignant.

Cette décision s’inscrit dans un processus plus large de reconnaissance du drame de Thiaroye. En novembre 2024, à l’approche du 80e anniversaire des événements, le président Emmanuel Macron avait officiellement qualifié les faits de « massacre », admettant la responsabilité des forces coloniales françaises.

Un traumatisme toujours vif en Afrique de l’Ouest

Le 1er décembre 1944, des tirailleurs originaires de plusieurs territoires d’Afrique de l’Ouest — notamment du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée et du Burkina Faso — avaient été pris pour cible par l’armée française alors qu’ils réclamaient le paiement de leur solde après avoir combattu pour la France durant la Seconde Guerre mondiale.

Les circonstances exactes de la tuerie, le nombre de victimes et les lieux d’inhumation demeurent encore aujourd’hui incertains. Ce flou historique continue d’alimenter un profond traumatisme au Sénégal et dans les pays d’origine des victimes.

En reconnaissant la faute de l’État pour ne pas avoir recherché la vérité, la justice française franchit une nouvelle étape dans la lente reconnaissance d’un épisode longtemps occulté de l’histoire coloniale.

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