Iran : guerre facultative, victoire requise

Iran : guerre facultative, victoire requise Source: Gettyimages.ru
Donald Trump [photo d'illustration]
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La politique américaine à l’égard de l’Iran effectue des virages serrés. Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue «La Russie dans les affaires mondiales», analyse comment le conflit peut changer la donne dans l’optique des perspectives à l’échelle mondiale. 

En déclenchant une guerre contre l’Iran, les États-Unis se sont trompés d'adversaire. La définition des objectifs, traitée séparément de toutes les nuances du terrain, semble être cynique mais en même temps rationnelle. On a persuadé Trump de la nécessité de saisir ce moment d’une extrême faiblesse de Téhéran pour, d’un seul coup, se venger du traumatisme vieux d’un demi-siècle de l’invasion de l’ambassade des États-Unis par les révolutionnaires islamiques, éliminer un régime dangereux pour Israël, prendre sous son contrôle des quantités importantes de pétrole et une voie d’acheminement cruciale sur le plan stratégique, et, par la même occasion, enfoncer un coin dans les futurs projets eurasiatiques. Le jeu en vaut la chandelle, a-t-on expliqué au président, et celui-ci l’a accepté. 

Cependant, un pari aussi considérable ne peut être gagné sans effort. Premièrement, la capacité militaire de l'Iran dépasse largement les ressources des pays contre lesquels les États-Unis ont engagé des affrontements armés directs depuis de nombreuses décennies. Deuxièmement, ce pays, vaste et situé dans une zone importante du point de vue stratégique, a la forte capacité de toucher de différentes manières les intérêts des États-Unis et de leurs alliés en déstabilisant les flux commerciaux et économiques. Et dernier mais non des moindres, le fait d'exposer une force pure sans même imiter une justification juridique a fait hésiter des alliés, qui, autrement, se seraient sentis obligés de se rallier.  

Il semblerait que le plan initial de la campagne prévoyait une capitulation rapide de l’Iran, la manière d’y parvenir n’étant pas clairement identifiée : soit en renversant le régime, soit en rejouant le scénario vénézuélien de « loyauté imposée », soit en passant un accord restreignant Téhéran. Quoi qu’il en soit, des combats de longue haleine n’étaient pas envisagés. Et lorsqu’ils se sont éternisés, la question s'est posée : que faire ensuite ? Une question non seulement concrète et en rapport avec l’opération, mais à bien des égards, conceptuelle.

Dans la dimension diplomatique, l’« America First » n’implique pas l’isolationnisme ni un contrôle de soi particulier, comme une partie de la coalition de Trump voudrait le voir, mais bien la capacité des États-Unis d’atteindre n’importe quels objectifs qu’ils considèrent comme nécessaires, en évitant toute responsabilité, et, dans l’idéal, des frais superflus. Pour dire les choses simplement, la ligne politique de Trump dans l’arène internationale peut se résumer en un toast de la fin de la période soviétique : que tout nous vienne et que nous nous en tirions toujours d’affaire. 

Une telle pression exercée sur les intérêts des autres, malgré la réaction du reste du monde, pourrait fonctionner, au moins, pendant un certain temps. Au cours de la première année, Trump a réussi à plusieurs reprises à faire fléchir ses partenaires qui ont été amenés à reconnaître la supériorité militaro-économique des États-Unis. Cependant, persuader tout le monde de la nécessité de se soumettre parce qu’il n’y a rien à opposer, c’est une chose. C’en est une autre de provoquer une situation que l’on ne peut plus gérer soi-même et qui engendre des problèmes croissants pour tous les autres, y compris pour ceux qui n’ont rien à voir avec le conflit. Se tenir à l’écart de la résolution de crises extérieures est acceptable. En revanche, provoquer une crise grave et laisser tous les autres s’en dépêtrer, tout en exigeant des avantages matériels, c’est aller trop loin.

À l’époque de l’ordre mondial libéral, que le président en exercice rejette, les États-Unis partaient du principe que pour promouvoir au mieux les intérêts nationaux, il fallait faire le bonheur du monde entier avec un système de valeurs approprié et une « gouvernance mondiale » sous le patronage de Washington. Dans les années 1990, pour décrire le rôle des États-Unis, on a même inventé l’élégant terme d’« hégémon bienveillant ». Donald Trump adopte alors l’approche inverse : les intérêts nationaux exigent de léser les autres, d’autant plus que, selon sa version, jusqu’à présent, tout le monde n’a fait que s’enrichir sur le dos des pauvres Américains, et qu’il est temps de passer à la caisse (il est d’ailleurs amusant de noter qu’il y a quelques jours, le président finlandais Alexander Stubb, partenaire de golf de Trump, a déploré dans une interview que l’hégémon était toujours là, mais qu’il ne souhaitait plus de bien à personne).

Cependant, avec une telle vision des choses, l’hégémon doit démontrer clairement et sans ambiguïté qu’il a suffisamment de force pour, si nécessaire, contraindre tout le monde à se plier à sa volonté. Et l’Iran constitue le test décisif. Au fond, les Américains l’ont choisi eux-mêmes. Réussir ce test s’avère d’une importance capitale. Le résultat déterminera les capacités américaines sur la scène mondiale pour la période à venir, y compris après Trump.

En quoi l’Iran diffère-t-il des campagnes précédentes, comme l’Irak ou l’Afghanistan, qui se sont soldées pour les États-Unis par un résultat, pour le dire gentiment, loin d’être triomphal ? Précisément par ce changement d’approche, au profit d’un recours non dissimulé à la force.

Il est à noter que pour les États-Unis il s’agit, pour reprendre une formulation devenue courante dans les années 2000, d’une guerre par choix (contrairement à Israël qui a, au moins, des motifs formels de considérer son opération comme une mesure visant à assurer directement sa sécurité). On peut choisir une telle guerre, mais il est difficile de choisir ce que l’on va proclamer comme une victoire, comme Trump aime le faire. En l’occurrence, il est impossible de qualifier l’opération « Epic Fury » de réussite si l’Iran maintient son contrôle du détroit d’Ormuz. L’importance mondiale de cette artère a été démontrée dans toute son ampleur.

La conclusion qui en découle est peu réjouissante. Les États-Unis ont désespérément besoin d’une victoire incontestable dans cette guerre. L’ensemble des exigences mutuelles ne permet pas d’espérer un accord à l’amiable. Cela signifie donc l’escalade. L’enjeu est trop élevé.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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