Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Ukraine : le jeu dangereux de l'Azerbaïdjan

Ukraine : le jeu dangereux de l'Azerbaïdjan Source: Gettyimages.ru
Ilham Aliev et Volodymyr Zelensky [photo d'illustration]
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Collaboration militaire et déclarations politiques sur la reconnaissance de «l’intégrité territoriale» de l’Ukraine : tel est le menu de la visite de Zelensky en Azerbaïdjan. Pour Karine Bechet, le rôle joué par l’Azerbaïdjan dans la région contre la Russie est celui d’un cheval de Troie des intérêts turcs en particulier et atlantistes en général.

L’Azerbaïdjan joue un jeu extrêmement dangereux pour la Russie dans l’espace post-soviétique, ses intérêts stratégiques balançant entre la Turquie et les États-Unis. Cette orientation s’est pleinement révélée lors de la guerre contre l’Arménie : les autorités azéries y ont renforcé la position turque dans la région en mettant fin au conflit au Haut-Karabakh, grâce à la traîtrise du Premier ministre arménien Pachinian avec le soutien des élites atlantistes, bloquant les tentatives de règlement pacifique conduites par la Russie.

Avec les transferts de territoires entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, cette dernière permet l’extension de l’influence turque dans la région, la Turquie qui, rappelons-le, est membre de l’OTAN et nullement neutre dans ce conflit géopolitique entre les élites globalistes et la Russie.

Désormais, l’Azerbaïdjan va encore plus loin et affiche son soutien plein et entier à l’Ukraine. Puisque l’Ukraine, comme État, n’existe plus, au moins juridiquement, depuis 2014, date à laquelle elle a totalement perdu le peu de souveraineté qui lui restait après la Révolution orange de 2004, Aliev se place officiellement dans le camp des élites atlantistes qui combattent la Russie.

Lors de la visite de Zelensky en Azerbaïdjan, des accords de coopération ont été conclus avec l’Ukraine, dont la dimension militaire ne peut laisser indifférent. Ainsi, lors de la conférence de presse commune faisant suite à la rencontre, le président Aliev déclare : « L’Azerbaïdjan et l’Ukraine développent tous deux leurs complexes militaro-industriels, et il existe d’excellentes opportunités de production conjointe, ainsi que de production conjointe dans le secteur industriel en général. »

Si la coopération industrielle, notamment dans le domaine de la production militaire, est une chose normale entre deux États, celle-ci ne peut être neutre lorsque l’un de ces pays est en guerre ouverte contre un autre pays avec lequel le cocontractant est censé entretenir des relations diplomatiques non conflictuelles.

Les armes produites en Ukraine, essentiellement désormais par des pays étrangers, sont utilisées contre la Russie. Non seulement contre l’armée russe, ce qui reste dans le domaine du « normal » dans un conflit armé, mais également contre des cibles civiles, et ces actes, qualifiés de terrorisme en Russie, sont en sérieuse augmentation.

Si l’on se réfère au rapport annuel du ministère russe des Affaires étrangères pour l’année 2025 : « Par rapport à 2024 et janvier 2025, le nombre d'attaques quotidiennes contre des cibles civiles a plus que doublé. En décembre 2025, ce nombre atteignait près de 500 par jour (contre 240 en décembre 2024). »

Et le nombre de munitions utilisées pour commettre ces crimes a, évidemment, lui aussi augmenté : « Rien qu'en 2025, les forces armées ukrainiennes ont tiré au moins 130 627 munitions sur des cibles civiles russes, soit plus de 42 000 de plus qu'en 2024 (où le nombre de frappes avait atteint au moins 87 885). La moyenne quotidienne de bombardements en 2025 a dépassé 350. »

Ces données sont en accès libre, chacun peut en prendre connaissance. Il est normal de supposer que tout État qui développe sa coopération militaire avec l’Ukraine sait parfaitement qu’une partie de cette production et des armes fournies seront utilisées contre des cibles civiles en Russie, en violation du droit humanitaire international.

Plus de 500 cibles civiles par jour. Impossible à ignorer.

Dans ce contexte, la démarche de l’Azerbaïdjan n’est pas commerciale, mais politique.

Et les déclarations du président Aliev le confirment. Il prend fait et cause pour la fameuse « intégrité territoriale » ukrainienne, donc d’un État-fantôme qui n’existe plus et qui se bat contre sa propre population les armes à la main depuis 2014.

Aliev a déclaré : « L’Azerbaïdjan et l’Ukraine soutiennent et continueront de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs pays au sein de toutes les organisations internationales. »

Passons sur le fait que l’intégrité territoriale de l’Arménie l’intéressait peu, sans même parler de sa souveraineté. 

Passons.

Le président azéri affirme en effet soutenir les Atlantistes dans le conflit « en » Ukraine « contre » la Russie, Et non seulement dans ses relations bilatérales avec le Protectorat atlantiste d’Ukraine, mais également dans les organisations internationales ; ce qui devrait faire réfléchir la Russie sur ses relations avec ce pays.

L’Azerbaïdjan est membre de la CEI depuis 1993, puisque cela était alors présenté comme une forme de continuation de l’URSS, en plus souple, pour rassurer les populations qui appartenaient avant à un seul pays, l’Union soviétique, et qui avaient refusé par référendum la dissolution de l’URSS. Évidemment, ce n’était qu’une illusion.

Mais ce qui est plus grave, c’est que l’Azerbaïdjan est également membre de l’Organisation du Traité de sécurité collective, dont d’ailleurs l’Arménie se prépare à sortir. Et ici, un conflit d’intérêts se profile.

Comment l’Azerbaïdjan peut-il rester dans une organisation, dont le but est la défense des intérêts sécuritaires communs, tout en soutenant activement et militairement un acteur qui met en danger la sécurité d’un des États membres ?

D’un point de vue stratégique, cela soulève de sérieuses questions quant à la fiabilité des organes présentés comme alternatifs à ceux de la globalisation. Les Atlantistes en général, et les Américains en particulier, travaillent très sérieusement avec les élites des pays de l’espace post-soviétique, dans la logique de la doctrine du roll back, afin de réduire la sphère d’influence de la Russie. Seule une politique plus active de la Russie, qui ne serait pas uniquement basée sur des relations commerciales, permettrait de renverser la tendance.

Dans tous les cas, le virage pris par l’Azerbaïdjan ne pourra rester sans réponse, et tactique et stratégique, de la Russie.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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