Malgré les nombreuses sorties de Donald Trump quant à l'inefficacité de l'OTAN, voire même les menaces de sortir de l'Alliance, le chroniqueur au journal Moskovsky Komsomolets Mikhaïl Rostovsky juge qu'il est prématuré de parler des funérailles de l'organisation atlantiste.
Rien n’est éternel en ce monde – et l’OTAN ne fait pas exception à la règle. Et non, ce n’est pas mon propre jugement, mais celui de l’ancien secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg.
À la tête de l’OTAN pendant exactement dix ans, du 1er octobre 2014 au 1er octobre 2024, le Norvégien n’a aucune certitude quant à l’existence de ce bloc dans les dix prochaines années.
Voici ce qu’a déclaré Jens Stoltenberg, actuellement ministre des Finances norvégien, dans une interview accordée à la chaîne danoise TV2 : « Il n'est pas dit que l'OTAN existera éternellement. Rien ne garantit que l'OTAN durera encore dix ans. »
Des propos à première vue vagues, presque philosophiques. Mais derrière cette apparente indétermination et ce ton « philosophique » se cachent des préoccupations politiques très concrètes, liées au discrédit dont l’OTAN fait aujourd’hui l’objet auprès de Donald Trump et aux menaces américaines d’abandonner à son sort une Alliance autrefois fondée par les États-Unis.
Au sujet d’un tel scénario, Jens Stoltenberg affirme ainsi : « Personne ne peut dire avec certitude dans quelle mesure cela est probable. Mais lorsque de telles déclarations viennent du président des États-Unis, il faut les prendre au sérieux. »
Bien sûr, le degré de sérieux à leur accorder peut se discuter. En tant que journaliste russe, je n’ai naturellement aucune sympathie pour l’OTAN. Mais les déclarations fracassantes sur les « funérailles » imminentes de l’Alliance me paraissent, à ce stade, pour le moins prématurées.
Si Donald Trump venait à mettre sa menace à exécution et à s’emparer du Groenland par la force, l’Alliance, dans sa forme actuelle, serait alors effectivement condamnée. C’est en tout cas le sens de la prévision formulée en février par la Première ministre danoise, Mette Frederiksen : « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. Y compris notre OTAN. » Je me risquerai toutefois à avancer qu’un tel scénario – la prise du Groenland par la force – a peu de chances de se produire.
Que se passera-t-il à la place ? Ce qui est déjà en train de se produire. Le successeur de Jens Stoltenberg au poste de secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, continuera de faire comme si « tout va très bien, madame la marquise » et comme si rien de particulier ne se produisait au sein de l’Alliance atlantique. Bien sûr, ce « quelque chose de particulier » est bel et bien à l’œuvre, mais pas sous sa forme la plus brutale.
La fracture de fait au sein de l’OTAN – faite de défiance, de mécontentement, d’incompréhension et d’hostilité – est déjà une réalité. Reste à savoir si elle sera résorbée, ou non, avec l’arrivée d’un nouveau président aux États-Unis. Une chose est sûre : cela laissera un arrière-goût chez les Européens. Paulo Coelho écrit dans Les Valkyries : « Ce qui arrive une fois peut ne jamais se reproduire. Mais ce qui arrive deux fois se reproduira sûrement une troisième fois. » Je le formulerais ainsi : avec l’OTAN, Trump s’est déjà « produit » deux fois.
Début 2016, aucun des observateurs dits « sérieux » ne croyait que Donald Trump serait élu président des États-Unis quelques mois plus tard. Début 2021, après l’épisode bien connu du Capitole, l’hypothèse d’un second mandat de Trump paraissait totalement irréaliste.
Et cette défaillance des analystes « sérieux » crée une nouvelle réalité analytique : des scénarios jugés impossibles doivent désormais être envisagés comme parfaitement plausibles.
Les Européens prendront au sérieux la perspective de voir émerger à la tête des États-Unis un équivalent politique de Donald Trump et chercheront, dans la mesure de leurs moyens, à aller vers une autonomie stratégique dans le domaine militaire (au-delà de la seule défense). Si Jens Stoltenberg « enterre » l’OTAN, ce n’est pas un hasard. Le principe est simple : le roi est mort, vive le roi ! La menace occidentale pour la Russie peut se transformer, mais elle ne disparaîtra pas.
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