Dans la nuit du Nouvel An, l’armée atlantico-ukrainienne a lancé des drones contre un café et un hôtel dans la région de Kherson, libérée par la Russie. 27 morts, plus de 50 blessés. Pour Karine Bechet, ce n’est pas du terrorisme, c’est un crime de guerre. La Russie doit le reconnaître et en tirer les conséquences.
Très tôt dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, alors que les gens fêtaient encore le Nouvel An, l’armée atlantico-ukrainienne a attaqué un café et un hôtel à Khorly, dans la région russe de Kherson, où les habitants célébraient la nouvelle année. Le bilan est tragique : 27 morts et plus de 50 blessés.
Le Comité d’enquête de la Fédération de Russie a ouvert une enquête pour terrorisme. La ligne officielle est constante, à chaque crime ainsi commis : « l’Ukraine » commet des « actes de terrorisme » pour compenser son recul sur le front, prouver à ses sponsors qu’elle fait quelque chose et mettre en péril le fameux « processus de paix ».
Peut-être est-il temps pour la Russie de sortir de cette ligne, qui ne correspond plus à la réalité, ni politique ni juridique ?
Tout d’abord, affirmer que c’est « l’Ukraine » est en soi une ineptie. L’Ukraine est un front, un territoire directement gouverné de l’extérieur, et ce n’est pas elle qui agit, encore moins qui prend les décisions. Le territoire ukrainien est occupé par les Atlantistes, au minimum depuis 2014, voire 2004 avec la Révolution orange.
Au mieux, les Européens, satellites américains, sont ciblés. Comme si, eux aussi, étaient des « satellites souverains ». Politiquement, cette ligne est de plus en plus difficile à soutenir. Et le soutien des Américains — et de Trump — à la Russie n’est évidemment pas à attendre.
Ce crime à Kherson s’inscrit dans la ligne de l’attaque perpétrée le 29 décembre contre la résidence du Président russe à Novgorod. Pour comprendre l’impératif d’un changement de ligne politique à l’égard des États-Unis de Trump, il suffit de voir la réaction de ce dernier à ce sujet.
Lors d’une conversation téléphonique avec Poutine, à la suite de cette attaque, Trump, toujours aussi grandiloquent, a déclaré que les États-Unis durciraient le ton avec Zelensky. La Russie a récupéré les données des drones lancés sur la résidence présidentielle et les a officiellement transmises aux Américains. Suite à quoi un rapport express de la CIA sort, prenant la défense de l’Ukraine et la blanchissant de toute implication. Enfin, Trump — le pacifiste et l’ami de Poutine — déclare au New York Post : « Les fanfaronnades de Poutine (sur l’attaque supposée de sa résidence) montrent que c’est la Russie qui fait obstacle à la paix ».
Il est évident, comme nous l’avions déjà souligné dans notre dernière chronique, qu’une telle attaque ne peut se faire sans le renseignement militaire fourni par les Américains et les pays de l’OTAN, qui eux seuls peuvent prendre une décision d’une telle ampleur. Ils ne vont donc pas se condamner.
Dans la même logique, accuser uniquement « l’Ukraine » du crime commis contre les civils à Kherson est un non-sens. Certes, les exécuteurs doivent aussi répondre de leurs crimes, car ils sont « aussi » responsables. Mais les donneurs d’ordres ne peuvent être blanchis. Surtout lorsque cette ligne politico-communicationnelle n’apporte strictement aucun gain pour l’avancement d’un règlement pacifique du conflit, comme nous le voyons, et qu’une telle impunité les pousse à aller toujours plus loin.
Ensuite, l’attaque de Khorly n’est pas un acte de terrorisme, c’est un crime de guerre. « Les crimes de guerre sont des violations du droit international humanitaire, et plus particulièrement de ce que l’on appelle les “lois et coutumes de la guerre”, définies par les Conventions de Genève et les Conventions de La Haye. Il s’agit de crimes commis à l’encontre de civils, et plus largement à l’encontre de toutes les personnes ne participant pas directement aux hostilités, à l’occasion d’un conflit armé international ou non international. »
Les crimes de guerre recouvrent, entre autres, le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle. Et tel était bien le cas de cette attaque commise délibérément contre des civils, la nuit du Nouvel An, dans la région de Kherson.
Le terrorisme se différencie du crime de guerre par sa motivation, même si aucune définition en droit international n’existe et si les termes sont employés les uns pour les autres en fonction des buts recherchés. La motivation de l’acte terroriste est politique — lors d’une divergence de point de vue avec le régime. Il peut aussi être commis par des groupes armés ; il vise également des civils. Ces concepts sont donc proches.
Mais l’attaque de Khorly n’a pas de motivation politique : il ne s’agit pas de demander la libération de terroristes, ni de provoquer un changement de régime politique en Russie. Elle s’inscrit dans la stratégie militaire atlantiste ; elle s’inscrit dans le cadre du conflit armé des Atlantistes contre la Russie sur le front ukrainien. La qualifier de terrorisme est une déclassification juridique et une « litote géopolitique ».
Enfin, ces attaques contre la résidence présidentielle ou contre les civils à Kherson ne servent pas à « l’Ukraine » de se justifier devant ses sponsors. Soyons honnêtes : ce sont ces sponsors qui, justement, décident des cibles. Et ces cibles ne servent ni à ralentir un processus de paix — qui, de toute manière, n’avance pas et ne peut objectivement aboutir aujourd’hui —, ni à détourner l’attention du recul de l’armée atlantico-ukrainienne sur le front. Ces attaques criminelles font partie de la stratégie militaire atlantiste. Ni plus, ni moins. Ce sont des actes de guerre.
La qualification juridique est importante, car elle entraîne des conséquences juridiques et politiques différentes. Et il est important, pour elle, que la Russie sorte de la qualification de terrorisme pour passer au crime de guerre, si elle veut réellement pouvoir juger et condamner les véritables responsables en Occident, qu’ils soient aux États-Unis ou en Europe. Pour que ces jugements puissent prendre l’ampleur d’un Nuremberg, après la guerre. Politiquement, ce sera un signal fort, sifflant la fin de partie : lors de ses vœux pour 2026, Poutine a réaffirmé la souveraineté et la détermination à tout mettre en œuvre pour la victoire — non pas uniquement la « paix », mais bien la « victoire ». Cela passe par un recentrage du vocable et des concepts juridiques utilisés.
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