Israël : Eisenkot accuse Netanyahou de mener un «pogrom contre la démocratie»
© Getty ImagesGadi Eisenkot accuse Netanyahou et le Likoud de mener un «pogrom contre la démocratie» en contestant les résultats des élections législatives. La polémique s’intensifie après la demande du Shin Bet d’interroger plusieurs responsables arabes, sans preuves publiques établissant leur implication dans une fraude.
La crise politique israélienne prend une nouvelle tournure. Mardi 3 novembre, Gadi Eisenkot, chef de file de l'opposition, a violemment dénoncé les démarches de Benjamin Netanyahou de remettre en cause les résultats des élections législatives du 27 octobre. « Le Likoud et Netanyahou tentent de mener un pogrom contre la démocratie et l'État de droit », a-t-il déclaré sur X, accusant le Premier ministre sortant de vouloir provoquer une « crise constitutionnelle dangereuse ».
L'offensive survient alors que le Shin Bet, service de renseignement intérieur israélien, souhaite interroger plusieurs responsables arabes, soupçonnés d'avoir retenu d'ingérences étrangères lors du scrutin. Parmi les personnalités concernées figureraient Mansour Abbas, dirigeant de Ra'am, et Ahmad Tibi, figure de la Liste arabe unie. Aucune preuve publique ne permet toutefois, à ce stade, d'établir leur implication dans une fraude électorale.
Netanyahou chercherait un bouc-émissaire
Le procureur général Gali Baharav-Miara a demandé au Shin Bet de transmettre les éléments justifiant de telles enquêtes, rappelant que les responsables élus ne pouvaient être interrogés sans fondement probant. Une intervention dénoncée par le Likoud, qui l'accuse d'entraver les investigations sur de possibles ingérences étrangères.
Pour Eisenkot, le gouvernement sortant viserait avant tout à délégitimer la percée historique des partis arabes, qui disposent désormais de 19 sièges à la Knesset. Leur soutien pourrait permettre de réunir une majorité théorique de 67 députés, contre 53 pour le bloc Netanyahou.
L’ancien chef d’état-major a parallèlement réuni les principaux dirigeants de l’opposition, notamment Naftali Bennett, Avigdor Liberman, Yaïr Lapid et Yaïr Golan, pour tenter de former un gouvernement alternatif. Leur priorité est de remplacer Amir Ohana, président de la Knesset et membre du Likoud, dès l’installation du nouveau Parlement, le 10 novembre. Cette manœuvre permettrait à l’opposition de prendre le contrôle de l’agenda parlementaire, même sans être parvenue à former un gouvernement.
Le chef de Yashar entend ainsi abroger les lois controversées de la réforme judiciaire portée par le Premier ministre sortant, instaurer un service militaire ou national obligatoire pour tous, y compris les ultraorthodoxes, et créer une commission d’enquête indépendante sur les défaillances politiques et sécuritaires ayant précédé les attaques du 7 octobre 2023. Reste à maintenir l’unité d’un camp profondément divisé sur la participation des partis arabes.
Les tensions s’accentuent alors que le président Isaac Herzog entame, mercredi 4 novembre, ses consultations pour désigner le responsable chargé de former le prochain gouvernement. La bataille politique se double à présent d'un affrontement autour de l'indépendance des institutions et de la légitimité du contrôle.