Au Liban, l’accord-cadre avec Israël ouvre un bras de fer politique autour du Hezbollah
© Getty ImagesLe Hezbollah privilégie pour l’instant une bataille politique contre l’accord-cadre conclu avec Israël. La nécessité d’une ratification parlementaire fait l’objet d’un débat juridique et institutionnel. L’évolution du dossier dépendra aussi des équilibres régionaux et des relations entre l’Iran, les États-Unis et les pays arabes.
La signature, le 26 juin à Washington, d’un accord-cadre entre le Liban et Israël continue de provoquer de vives tensions sur la scène politique libanaise. Le texte, qui lie notamment le retrait progressif de l’armée israélienne du Sud-Liban au désarmement du Hezbollah, est vivement rejeté par la formation chiite et ses alliés. Un député du Hezbollah est allé jusqu’à évoquer le risque d’une « guerre civile » si le processus venait à être imposé, tandis que le parti privilégie pour l’instant une bataille institutionnelle plutôt qu’une mobilisation dans la rue.
Au cœur des débats figure la question de la ratification du texte. Pour une partie du gouvernement et plusieurs constitutionnalistes, il ne s’agit que d’une feuille de route ouvrant des négociations qui déboucheront ultérieurement sur un accord définitif, lequel devra être approuvé par les institutions. D’autres juristes estiment au contraire que ce document engage déjà les deux États sur des questions essentielles de sécurité et de souveraineté et nécessite donc une validation du Conseil des ministres puis du Parlement.
Une bataille politique
Le président de la Chambre, Nabih Berry, multiplie les consultations afin de réunir une majorité parlementaire susceptible de bloquer le texte. Il échange notamment avec plusieurs formations politiques, dont le Courant patriotique libre de Gebran Bassil, tout en recherchant un consensus avec des partis centristes et des députés indépendants. Certains élus, pourtant opposés au Hezbollah, pourraient également voter contre l’accord en raison des interrogations qu’il soulève sur les modalités du retrait israélien et sur certaines dispositions diplomatiques jugées sensibles.
Dans l’hypothèse où l’exécutif déciderait de ne pas soumettre le texte au Parlement, le Hezbollah pourrait adapter sa stratégie en fonction de l’évolution des discussions entre Téhéran et Washington. Plusieurs observateurs estiment que les choix du mouvement sont désormais étroitement liés aux orientations iraniennes. Si la situation devait se tendre, des incidents localisés ou des actions d’intimidation ne sont pas exclus, même si les principaux responsables politiques appellent à éviter toute escalade.
Le contexte régional reste déterminant. Alors que plusieurs pays arabes suivent avec attention les discussions entre Beyrouth et Tel Aviv, leurs positions demeurent prudentes. Dans ce climat, les prochains échanges diplomatiques, notamment avec la Syrie et les partenaires régionaux, pourraient influencer l’avenir de cet accord, qui constitue l’un des dossiers les plus sensibles de la scène politique libanaise.