Guerre au Moyen-Orient : l'industrie chimique européenne fragilisée par la crise énergétique

Guerre au Moyen-Orient : l'industrie chimique européenne fragilisée par la crise énergétique Source: Gettyimages.ru
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La crise de l'industrie chimique européenne s'aggrave sous l'effet de la hausse des coûts énergétiques, de la baisse de la demande et de la concurrence chinoise. Dans plusieurs grands pôles industriels, les fermetures d'usines se multiplient et les investissements reculent fortement, faisant craindre un affaiblissement durable du secteur.

Déjà fragilisée par la hausse durable des prix de l'énergie et par le ralentissement de la demande, l'industrie chimique européenne subit désormais les conséquences indirectes de la guerre au Moyen-Orient, rapporte le Financial Times.

Le port de Rotterdam, l'un des plus grands centres chimiques au monde, illustre cette crise. Au cours de l'année écoulée, deux entreprises sur dix présentes dans ce cluster ont fermé leurs installations. Parallèlement, le groupe Mitsubishi a renoncé à construire une nouvelle unité de production dédiée au MXDA, un composant chimique utilisé notamment dans les revêtements industriels de haute performance pour les navires et les équipements militaires.

La guerre américano-israélienne contre l'Iran a provoqué des effets contradictoires sur le marché. D'un côté, les perturbations touchant certaines usines chinoises dépendantes des matières premières du Golfe ont temporairement réduit la pression concurrentielle. De l'autre, la crise a entraîné une hausse des coûts énergétiques et une forte volatilité des prix de matières premières stratégiques comme le naphta, ce qui a pesé sur l'ensemble du marché chimique.

Peter Huntsman, dirigeant de Huntsman Corporation, dont plusieurs sites sont implantés en Europe, estime que ces événements rappellent surtout la vulnérabilité du continent face aux chocs extérieurs. Selon lui, chaque nouvelle crise internationale accentue encore davantage le problème énergétique européen.

Les chiffres avancés par l'association sectorielle Cefic témoignent de l'ampleur des difficultés. En quatre ans, le nombre de fermetures de sites chimiques en Europe a été multiplié par six. Près de 10 % des capacités de production du continent ont disparu et environ 20 000 emplois ont été supprimés. Les investissements dans le secteur auraient par ailleurs chuté de plus de 80 % en 2025.

Concurrence chinoise

Les industriels soulignent également la pression croissante exercée par les producteurs chinois. Avant même les tensions au Moyen-Orient, le marché européen faisait déjà face à un afflux de produits chimiques chinois à bas prix. Une partie de cette production a été redirigée vers l'Union européenne après l'introduction de restrictions sur le marché américain.

Le Financial Times rappelle que l'industrie chimique européenne repose sur un système profondément intégré, dans lequel les produits fabriqués par une usine servent de matières premières à une autre. Cette interdépendance inquiète fortement les acteurs du secteur.

Pour Yvonne van der Laan, dirigeante de LyondellBasell, la fermeture progressive de certains sites pourrait déclencher une réaction en chaîne capable de déstabiliser l'ensemble de l'écosystème industriel européen. Le vice-président de Bayer, Matthias Berninger, compare cette situation à une partie de Jenga : chaque fermeture retire un élément de l'édifice industriel jusqu'au moment où l'ensemble de la structure risque de s'effondrer.

Le cluster chimique du port de Rotterdam fait partie d'un vaste réseau industriel connecté par des pipelines à plusieurs grands centres européens. Rotterdam est notamment lié au port d'Anvers, tandis que ces plateformes approvisionnent les régions allemandes du Rhin et de la Ruhr, considérées comme le cœur historique de l'industrie lourde européenne, y compris le secteur automobile.

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