Pression transfrontalière : la stratégie du Hezbollah pour fléchir l'opération israélienne
© Getty ImagesLe Hezbollah affirme combattre l’armée israélienne au Sud-Liban, deux soldats israéliens ayant été blessés. Naïm Kassem promet une «défense existentielle» et refuse tout désarmement malgré la décision du gouvernement libanais. L’État libanais apparaît impuissant face à l’escalade militaire et aux pressions internationales.
Le Hezbollah affirme avoir engagé des combats directs avec l’armée israélienne en territoire libanais, marquant une nouvelle phase dans l’escalade militaire. L’armée israélienne a reconnu ces affrontements et confirmé que deux de ses soldats avaient été blessés. Selon le mouvement chiite, ses combattants affrontent des unités israéliennes près de la frontière sud, tandis que des missiles, roquettes et drones continuent d’être tirés vers Israël pour ralentir toute avancée terrestre.
Parallèlement, les frappes israéliennes se poursuivent à travers le Liban, y compris dans la banlieue sud de Beyrouth et dans la Békaa. La stratégie du Hezbollah semble désormais viser à rendre toute opération militaire israélienne particulièrement coûteuse, en combinant tirs transfrontaliers et attaques contre les troupes engagées sur le terrain. Des unités d’élite du mouvement, notamment la force Al-Radwan, seraient impliquées dans ces combats.
Le gouvernement libanais face à l'intransigeance américaine
Dans son premier discours télévisé depuis l’escalade, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a promis une « défense existentielle » face à Israël et a exclu toute reddition. Il a justifié l’entrée en guerre du mouvement par ce qu’il décrit comme une « agression continue » israélienne contre le Liban depuis la fin du cessez-le-feu de novembre 2024. Dans la nuit du 2 mars, le Hezbollah avait tiré six roquettes, officiellement pour venger la mort du Guide suprême iranien Ali Khamenei.
Naïm Kassem a également insisté sur le fait que le maintien de l’arsenal du Hezbollah constituait un « droit légitime », rejetant les pressions internationales et la décision inédite du gouvernement libanais d’interdire les activités militaires du mouvement. Il a accusé les autorités de reprendre les exigences israéliennes plutôt que de défendre la « résistance ».
Cette position place l’État libanais dans une situation extrêmement délicate. L’armée libanaise s’est retirée de certaines zones frontalières et le gouvernement, trop fragile politiquement, dispose de peu de moyens pour imposer ses décisions. Le président Joseph Aoun a appelé l’envoyé américain à Beyrouth à intervenir pour obtenir un arrêt des frappes israéliennes. Mais Washington exige le désarmement du Hezbollah, ce qui réduit considérablement les marges de manœuvre diplomatiques.
Dans ce contexte, le conflit risque de s’enliser. Les combats ont déjà fait au moins 72 morts au Liban et provoqué le déplacement de plus de 80 000 habitants, tandis que la perspective d’une offensive terrestre israélienne plus large continue de faire craindre une nouvelle guerre ouverte dans le sud du pays.