France : l’éviction du personnel féminin de la Tour Eiffel lors d’un événement hindou fait scandale
© Annice Lyn Source: Gettyimages.ruLe maire de Paris a annoncé ce 8 septembre l’ouverture de deux enquêtes à la suite de la mise à l’écart d’employées de la Tour Eiffel lors de la visite privée d’une délégation hindoue, trois jours plus tôt. Une décision qui a provoqué un mouvement de grève et suscité la condamnation d’une grande partie de la classe politique française.
« Ce qui s’est passé est totalement inacceptable », a déclaré ce 8 septembre à plusieurs médias français le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, annonçant l’ouverture de deux enquêtes afin de « comprendre la chaîne de décision qui a pu conduire à cette décision absurde, inique et », a-t-il insisté, « inacceptable ».
En cause ? la mise à l’écart du personnel féminin de la Tour Eiffel, le 5 septembre, à l’occasion de la visite privée d’une délégation hindoue. Un événement qui a déclenché un mouvement de grève parmi le personnel de la Sete (Société d’exploitation de la Tour Eiffel).
« Des femmes salariées, au passage de cette délégation, ont été écartées de leur poste de travail, donc on a mis des hommes à la place des femmes », a relaté auprès de BFMTV Diane Davoine, élue CGT au CSE de la Sete. Une « discrimination de fait », a fustigé l’édile socialiste, après avoir rappelé que la Sete est détenue « à 99 % » par la Ville de Paris.
« Aucune considération protocolaire, culturelle ou religieuse ne saurait justifier qu’il soit dérogé au principe d’égalité entre les hommes et les femmes », a souligné la Sete dans un communiqué daté du 7 septembre, reconnaissant que ces « conditions n’auraient pas dû être acceptées ».
« Honte à ceux qui se soumettent »
Cette décision prise à l’occasion de la visite d’une délégation étrangère a provoqué un tollé. « En France, on ne trie pas les Français selon les désirs de ceux qui la visitent », a fustigé sur X le président des Républicains (LR), Bruno Retailleau. « Nos principes ne sont pas à vendre. Honte à ceux qui se soumettent », a-t-il ajouté.
« Choquée », la présidente de la région Île-de-France et ex-LR Valérie Pécresse a annoncé avoir « personnellement informé les représentants du BAPS [Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, mouvement spirituel dont une délégation a bénéficié de la visite controversée, ndlr.] que de telles pratiques étaient contraires aux lois de la République ».
« C’est absolument inadmissible », a pour sa part déclaré la députée Renaissance des Hauts-de-Seine Prisca Thevenot. « En France, on n’invisibilise pas les femmes », a réagi l’eurodéputé et secrétaire général du Parti socialiste Pierre Jouvet, évoquant une affaire « absolument ahurissante ».
« C’est une erreur et il y a eu des excuses, mais cela dit, ça dit des choses : on a un art de vivre en France et on y tient », a estimé sur Franceinfo Édouard Philippe, maire du Havre et candidat d’Horizons à l’élection présidentielle, confiant avoir initialement cru à un canular. « C’est inacceptable, la laïcité dans notre pays n’est pas négociable », a réagi Laurent Panifous, ministre chargé des Relations avec le Parlement, également sur la chaîne publique.
La présidentielle en toile de fond ?
« Nous n’accepterons jamais » que la présence des femmes soit « limitée », a dénoncé la députée Rassemblement national (RN) du Pas-de-Calais et candidate à la présidentielle Marine Le Pen, appelant à ce que « toute la lumière soit faite » sur cet événement.
« Nos valeurs de civilisation ne sont pas négociables », a lancé le président de son parti, Jordan Bardella, fustigeant une « demande dégradante » et rappelant qu’en France « on respecte l’égalité des sexes » et qu’« aucun motif religieux ne peut aller à l’encontre de la dignité des femmes ».
« Puisque je ne fais aucun deux poids, deux mesures, je me dois de dire que j’ai trouvé ça scandaleux et que je me tiens aux côtés de ces manifestants », a déclaré l’eurodéputée Reconquête! Sarah Knafo, également sur le plateau de BFMTV, évoquant un « lien avec de nombreux sujets […] qui sont présents dans le débat public en France », dont « l’interdiction du voile dans l’espace public ».
« On peut se féliciter que, sur ce sujet-là au moins, la classe politique réagisse unanimement », a déclaré sur le plateau de BFMTV et RMC le député Rassemblement national de la Somme Jean-Philippe Tanguy.
« Je suis mitigée. En fait, je me demande : s’il n’y avait pas la présidentielle dans quelque temps, y aurait-il eu autant de réactions ? », s’est interrogée sur Europe 1 Yona Faedda, porte-parole du collectif Némésis.