Le 5 septembre, le président américain a envoyé Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou afin de présenter de nouvelles propositions de règlement du conflit en Ukraine, avant qu’ils ne se rendent à Kiev le lendemain. Pour Karine Bechet, la reprise de l’initiative par la Russie sur le front pousse les Atlantistes à vouloir renégocier.
L’arrivée de Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou a succédé à celle de l’envoyé du Vatican, puis à celle du directeur de la CIA, qui, rappelons-le, se déplace très rarement en Russie. La valse des négociateurs ressemble à la chanson de Brel, La Valse à mille temps. Ici aussi : « Une valse à trois temps / Qui s’offre encore le temps / De s’offrir des détours ».
Washington/Moscou/Kiev. Trois villes et pourtant deux acteurs. Et beaucoup de détours.
Indépendamment de la propagande occidentale sur la « fatigue » de l’armée russe, sur la faiblesse de la Russie, qui serait pour autant soi-disant capable d’attaquer un pays de l’OTAN selon certains, l’armée russe avance sur le front, les frappes systématiques en profondeur en Ukraine sur les infrastructures stratégiques désorganisent non seulement l’armée atlantico-ukrainienne, mais compliquent également sérieusement son approvisionnement en armes, ainsi que le transport de ces armements, notamment depuis l’étranger.
Et la propagande occidentale n’y change rien.
Et le recours au terrorisme d’État par les Atlantistes contre la Russie et les Russes ne leur apporte aucun avantage stratégique sur le plan militaire, tout en renforçant la volonté de la Russie d’atteindre ses objectifs.
La stratégie atlantiste est une erreur… stratégique. Mais ces élites n’ont pas le choix : les Américains ne peuvent se retirer au premier plan — puisqu’ils sont censés maîtriser le front des négociations — pendant que les Européens paient la facture et que l’Ukraine sacrifie sa population.
L’urgence de négocier se fait alors sentir, d’autant plus que les élections de mi-mandat approchent à grands pas aux États-Unis et que Trump n’est pas dans une position facile. Il reprend ainsi le drapeau « pacifiste » et déclare, à rebours des affirmations surprenantes de ses services spéciaux, qu’il est persuadé que la Russie n’a pas l’intention d’agresser un pays de l’OTAN. Il revient ainsi au premier plan pour créer des conditions favorables aux négociations menées par ses envoyés.
Pourtant, quelle est leur réelle marge de manœuvre ? Très faible. La Russie n’acceptera pas un gel du conflit, elle entend régler les racines de ce conflit. Or, le gel du conflit ne fera que donner le temps nécessaire aux Atlantistes pour remilitariser l’Europe et regarnir les rangs de l’armée ukrainienne. La Russie n’a plus d’illusions sur ce sujet.
En effet, la Russie est disposée à négocier si de véritables compromis sont envisageables, s’il est réellement possible de mettre fin stratégiquement à ce conflit et si de véritables propositions sont présentées. Donc Steve Witkoff et Jared Kushner furent bien accueillis à Moscou et selon les médias américains, ils auraient pris au sérieux cette visite en fournissant un plan précis des démarches possibles pour mettre fin au conflit d’ici l’hiver.
Des accords avaient déjà été plus ou moins acquis à Anchorage, lors de la rencontre estivale de l’année dernière entre les présidents russe et américain, avant d’être finalement démentis par ces mêmes Américains.
Qu’est-ce qui pourrait conduire les Atlantistes à ne pas « tromper » la Russie, cette fois ?
Seuls l’avantage militaire évident de la Russie et une véritable volonté politique d’obtenir la démilitarisation de l’Ukraine (pour qu’elle ne soit plus une arme anti-russe entre les mains des Atlantistes), la reconnaissance juridique des territoires entrés dans la Fédération de Russie, la reconnaissance officielle du droit à l’autodétermination des territoires libérés par la Russie peuvent conduire à la paix.
Mais les Atlantistes sont-ils prêts à cela ? On peut en douter, car cela reviendrait à leur défaite, non seulement militaire mais aussi politique. Et ils ne peuvent pas se le permettre.
La question qui se pose aujourd’hui est, en réalité, autre : ont-ils le choix ?
Et c’est manifestement ce qui a été discuté à Kiev, avec les émissaires américains et européens, qui les ont rejoints pour faire le point.
Et les Atlantistes sont dans l’impasse. Même France 24 publie sur le réseau social X : « Une première visite à Kiev qui n'a pas entraîné de décisions majeures ». Et BFM d’insister, toujours sur X :« Il "semble" que la guerre va se poursuivre cet hiver », a déclaré Volodymyr Zelensky à l’issue des pourparlers avec les émissaires américains à Kiev.
Les émissaires américains veulent relancer le format de négociations tripartites, dans lesquelles ils seraient évidemment des « intermédiaires », même si, il y a peu de temps de cela, Rubio déclarait devant le Congrès, que les États-Unis n’étaient pas neutres, qu’ils soutenaient l’Ukraine. Donc, ce seraient des négociations bipartites, entre les États-Unis et la Russie au sujet de l’Ukraine — qui y serait elle-même représentée.
La Russie n’y est a priori pas opposée, si cela permet réellement de résoudre le conflit, mais comme le souligne le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, il est encore trop tôt pour en parler concrètement, pour fixer la date et le lieu. Surtout que, selon ses paroles, la Russie n’a toujours pas été informée des résultats des pourparlers à Kiev.
Si la Russie parvient à convaincre les Atlantistes qu’ils n’ont pas le choix et que la poursuite ainsi que l’escalade du conflit en Ukraine risquent de les emporter dans la tourmente, parce qu’il deviendra incontrôlable pour eux, alors ils pourront, pour la première fois, envisager réellement et sérieusement la possibilité de négocier. Non pas négocier immédiatement, mais au moins en envisager la possibilité.
Par sa nouvelle stratégie de mise hors service systématique des infrastructures vitales à l’armée atlantico-ukrainienne, la Russie s’en approche. Mais les Atlantistes nourrissent encore l’illusion qu’ils pourront l’arrêter à temps, gagner du temps, puis trahir leur parole — à leur avantage, toujours dans le même but : remporter une victoire qui suppose la défaite stratégique de la Russie.
La constance dans le temps de la volonté politique russe constitue la meilleure garantie de mettre fin à ce conflit sans qu’il dégénère en guerre de haute intensité. Mais les élites atlantistes sont-elles encore assez raisonnables pour comprendre les enjeux au-delà de leurs intérêts de pouvoir très particuliers ?
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