Hantavirus : début de psychose en France
© Andres Gutierrez/Anadolu Source: Gettyimages.ruAlors qu’en France les médias font leurs gros titres sur l’hantavirus, le gouvernement multiplie les annonces, dont le renforcement des règles de quarantaine pour les cas contacts. Un troisième cas d’hantavirus, toujours parmi les passagers évacués du MV Hondius, a été dépisté, cette fois-ci en Espagne.
Le caracara à gorge blanche est-il le « pangolin 2.0 » ? Quels rats peuvent transmettre le virus ? Celui-ci a-t-il déjà muté ? Telles sont certaines des interrogations relayées par les médias français, alors que l’OMS a annoncé deux nouveaux cas positifs à l’hantavirus dans le monde. Ces cas demeurent tous liés au MV Hondius, ce navire qui reliait Ushuaïa au Cap-Vert.
Alors qu’en France l’inquiétude enfle autour du cas positif parmi les passagers du Hondius rapatriés depuis Tenerife, un nouveau cas positif a été signalé ce 12 mai par les autorités espagnoles. Là encore, il s’agit d’un passager du Hondius, placé — comme les 13 autres Espagnols évacués du bateau — à l’isolement dans un hôpital militaire de Madrid.
Avec le cas signalé aux États-Unis, « neuf des onze cas ont été confirmés comme étant le virus Andes, et les deux autres sont probables », a indiqué ce 12 mai le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’un point presse. Il a précisé que ces « onze cas signalés, dont trois décès […] concernent des passagers ou des membres d’équipage du navire ».
Onze contaminations au sein d’un groupe de près de 150 personnes confinées plusieurs semaines sur un bateau — le premier décès lié à l’hantavirus remontant à la première quinzaine d’avril — montrent qu’en termes de contagiosité, la situation reste pour l’heure loin d’une gastro-entérite. Pourtant, en France, un vent de panique semble se lever.
« La peur se lit dans leurs pupilles dilatées. “Vous pensez qu’on va à nouveau être confinés ?” angoissent les petits vieux au comptoir » d’une pharmacie près de Monaco, a rapporté Le Parisien. « Ce lundi matin et pour la première fois, trois personnes âgées viennent lui parler de l’hantavirus, le nouveau mot qui fâche », peut-on encore lire.
« Il y a des choses qu’on ne sait pas »
Du côté du gouvernement français — qui, d’une certaine manière, a lancé cette vibe en rapatriant le premier cas positif d’hantavirus sur le sol européen — on muscle la communication au nom de la « réassurance » des Français. « Le Premier ministre a voulu une réaction rapide et forte pour montrer aux Français que la crise était pilotée », ont déclaré ses services auprès du Parisien.
Ce 12 mai, Sébastien Lecornu a appelé à « renforcer immédiatement la coopération avec les États voisins », estimant qu’« une meilleure coordination internationale est indispensable » face au risque sanitaire lié au virus. La veille, il avait annoncé une quarantaine renforcée en milieu hospitalier pour tous les cas contacts.
Il faut dire que les déclarations dans les médias de sa ministre de la Santé ont contribué à alimenter les inquiétudes. Sur France Inter, Stéphanie Rist a indiqué que 22 cas contacts avaient été identifiés en France. Ces personnes avaient voyagé dans deux vols empruntés fin avril par une croisiériste néerlandaise depuis décédée. Selon ses déclarations, seuls huit de ces cas contacts avaient été placés à l’isolement, alors même qu’elle évoquait un virus se transmettant « probablement par les voies aériennes », avec une période d’incubation pouvant « aller jusqu’à six semaines ».
« Nous avons les stocks nécessaires de masques », avait-elle affirmé la veille au journal de 20 heures de France 2, renvoyant de facto les téléspectateurs au souvenir des fiascos de la gestion du Covid-19 par les autorités françaises.
« Il y a des choses qu’on ne sait pas » sur le foyer d’hantavirus, a encore déclaré la ministre ce 12 mai depuis l’Assemblée nationale. « Nous n'avons pas encore l'entièreté du séquençage du virus [...] Nous n'avons pas la certitude de dire que ce virus n'a pas encore muté », a-t-elle précisé dans des propos largement repris par les médias.