Sabotage de Nord Stream : Moscou critique vivement Donald Tusk après son appel à ne pas poursuivre les suspects
© RIA NOVOSTI Source: SputnikLe Kremlin a dénoncé la position du Premier ministre polonais, estimant qu’elle revient à banaliser une attaque contre une infrastructure énergétique majeure de l’Europe. Moscou souligne que Nord Stream contribuait à la sécurité énergétique du continent, tandis que l’enquête allemande continue de viser plusieurs ressortissants ukrainiens concernés
Le Kremlin a vivement réagi le 21 août aux déclarations du Premier ministre polonais, Donald Tusk, sur le sabotage des gazoducs Nord Stream. La veille, le chef du gouvernement polonais avait estimé que l'Allemagne ne devait pas poursuivre les personnes soupçonnées d'avoir participé aux explosions de septembre 2022.
« Je ne changerai pas d'avis sur ce point et je considère que ceux qui ont construit ce gazoduc devraient avoir honte, et non ceux qui l'ont mis hors service », a déclaré Donald Tusk. Il a également rappelé que Varsovie s'était opposée dès le départ au projet Nord Stream, que la Pologne considérait comme un facteur de dépendance de l'Europe au gaz russe.
Ces déclarations surviennent quelques jours après l'arrestation en Croatie, le 19 août, du ressortissant ukrainien Volodymyr Z., identifié par plusieurs médias comme Volodymyr Jouravliov et recherché par l'Allemagne dans le cadre de l'enquête sur le sabotage.
À Moscou, les propos du Premier ministre polonais ont suscité une vive incompréhension. « Si M. Tusk soutient de tels actes de sabotage terroriste, cela ne peut susciter que stupéfaction et incompréhension », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Les autorités russes qualifient les explosions d'« acte de sabotage terroriste contre les infrastructures énergétiques critiques de l'Europe ».
Peskov a également rejeté les critiques adressées aux promoteurs de Nord Stream. Selon lui, les investissements consacrés au projet participaient à « l'avenir énergétique et à la compétitivité de l'économie européenne » et représentaient une contribution concrète à la sécurité énergétique du continent.
Plusieurs suspects ukrainiens dans l'enquête allemande
Nord Stream 1 et Nord Stream 2 avaient été construits pour acheminer directement du gaz russe vers l'Allemagne sous la mer Baltique. Le 26 septembre 2022, plusieurs explosions près de l'île danoise de Bornholm ont gravement endommagé trois des quatre conduites.
L'enquête allemande s'intéresse aujourd'hui à plusieurs ressortissants ukrainiens. Volodymyr Z. est soupçonné d'avoir fait partie du groupe qui aurait placé les explosifs sur les gazoducs à l'aide du yacht « Andromeda ». Un autre Ukrainien, Serhiï Kouznetsov, avait déjà été arrêté en Italie en août 2025 avant d'être extradé vers l'Allemagne.
Selon la version des enquêteurs allemands, le groupe aurait utilisé de faux documents pour louer le bateau et transporter les explosifs jusqu'à la zone du sabotage.
La Russie a de son côté ouvert une procédure pour acte de terrorisme international. Moscou souligne avoir demandé à plusieurs reprises l'accès aux données relatives aux explosions, sans les obtenir, et critique depuis plusieurs années son exclusion des enquêtes menées en Europe.
Moscou doute d'une opération menée sans soutien extérieur
Le cas de Volodymyr Z. est également directement lié à la Pologne. Le suspect avait déjà été interpellé dans le pays en septembre 2025, mais un tribunal de Varsovie avait refusé son extradition vers l'Allemagne et ordonné sa libération le mois suivant.
Moscou conteste par ailleurs la thèse selon laquelle une opération d'une telle ampleur aurait pu être réalisée de manière totalement autonome par un petit groupe de plongeurs. Les autorités russes soulignent la complexité technique du sabotage et estiment qu'une attaque contre une infrastructure stratégique située dans une zone étroitement surveillée aurait nécessité des moyens, une préparation et un soutien plus importants.
Les déclarations de Donald Tusk surviennent ainsi au moment où l'enquête allemande continue de viser plusieurs ressortissants ukrainiens. Pour Moscou, la question ne se limite cependant pas aux exécutants présumés : les autorités russes réclament toujours davantage de transparence sur les circonstances de l'opération ainsi que sur l'ensemble des responsabilités derrière le sabotage du Nord Stream.