Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Ukraine : les Européens et Zelensky ne veulent qu’une chose — un gel du conflit

Ukraine : les Européens et Zelensky ne veulent qu’une chose — un gel du conflit Source: Sputnik
[photo d'illustration]
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Après être passé par Oslo, en Norvège, pour rencontrer les Européens et Zelensky, Witkoff a rencontré Poutine à Saint-Pétersbourg en vue de relancer les pourparlers, sur fond d’avancée de l’armée russe. Pour Karine Bechet, les miracles n’étant pas de ce monde, il y a peu de chances que le moment de véritables négociations de paix soit arrivé.

La visite de Steve Witkoff en Russie avait trois buts principaux. Le premier, et le plus clair : récupérer le mercenaire américain Stephen Hubbard, fait prisonnier, qui est gracieusement et sans aucune contrepartie rendu aux États-Unis.

Le deuxième but est d’apporter un « plan de paix », préparé aux États-Unis et présenté aux Européens et aux Ukrainiens à Oslo. Comme l’a déclaré Witkoff, il laisse le document à Poutine, qui pourra l’examiner en détail ultérieurement.

Les représentants américains ne cessent de répéter, sur tous les tons et sur toutes les chaînes, qu’il s’agirait non pas d’un simple cessez-le-feu, mais bien d’un plan pour régler le conflit à la source, afin que le monde puisse vivre en paix. Amen !

Et troisième but : organiser une nouvelle réunion dite « tripartite », en novembre, avec les États-Unis, l’Ukraine et la Russie, où, évidemment, les Américains s’octroient le rôle d’arbitre dans un conflit qui ne les concernerait pas. Il est vrai qu’ils ne fournissent « que » les armes et le renseignement militaire et dirigent les marionnettes européennes.

La Russie a été, comme toujours, très diplomate. Ce qui est, malheureusement, une tradition qui s’est perdue en Occident, des deux côtés de l’Atlantique. Elle se dit ouverte à négocier. Le conseiller du président russe, Iouri Ouchakov, a déclaré que l’on était très proche d’une fin du conflit et que certaines propositions américaines étaient très intéressantes. Ce qui est d’ailleurs la rhétorique de Trump, déclarant lui aussi que la fin de la guerre n’a jamais été aussi proche.

Il est vrai que Trump a réellement besoin, à l’approche des élections de mi-mandat, où il n’est pas en très bonne position, sinon d’une véritable résolution du conflit en Ukraine, du moins d’un bel effet d’annonce. La réunion à Saint-Pétersbourg lui a donné cette occasion. Quant à la réunion tripartite envisagée vers le 10 novembre, d’ici là, beaucoup de choses peuvent se passer et les États-Unis n’y seraient évidemment pour rien si, finalement, elle ne se tenait pas ou ne débouchait sur rien.

De son côté, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a précisé, juste avant l’arrivée des missi dominici : « Moscou examinera ce que les négociateurs américains proposeront, mais ne fera aucune concession politique. » Ce qui donne le ton réel.

Chercher une résolution diplomatique du conflit est en soi une bonne chose, mais il ne faut pas confondre le processus avec le résultat. Pour l’instant, c’est un processus et la question de sa véritable finalité ne peut être écartée. N’oublions pas que, dans tout conflit, et particulièrement dans celui-ci, la diplomatie est un front comme les autres.

Ce n’est pas la première fois que l’on parle de « plans de paix » dans ce conflit en Ukraine. En fait, la question revient à l’ordre du jour chaque fois que la Russie reprend la main sur le terrain, et cette période est utilisée par les Atlantistes pour modifier la configuration militaire sur le terrain.

On se rappellera les fameux accords de Minsk, qui ont permis la fortification du Donbass. Les accords d’Istanbul : le retrait de l’armée russe, qui était aux portes de Kiev, de manière unilatérale et sans contrepartie. Anchorage : la reconfiguration des mécanismes d’armement de l’armée atlantico-ukrainienne.

Cela sera-t-il différent aujourd’hui ?

Les choses peuvent changer si des signes politiques et militaires apparaissent. Mais ceux-ci sont pour l’instant très discrets.

Tout d’abord, la configuration dite « tripartite » est également un « geste de bonne volonté » de la Russie, devant permettre aux Atlantistes de se cacher derrière le drapeau ukrainien, même s’il est en lambeaux. L’idée, pour la Russie, est que, s’ils peuvent sauver la face, ils auront peut-être le courage de la paix.

Et même en Europe, on le comprend parfaitement. L’Ukraine ne peut capituler sans condition, car sinon, ce sont les Atlantistes qui capitulent en Ukraine, comme l’a dit le chancelier allemand Merz, dans un élan d’honnêteté politique, certainement provoqué par une peur panique de ce que pourraient être les conséquences pour eux d’une telle situation.

Cette « bonne volonté » russe a un sens si, réellement, les Atlantistes sont prêts à la paix. Or, en dehors des déclarations préélectorales de Trump, rien n’a changé.

Les Européens et Zelensky ne veulent qu’une chose : un gel du conflit. Comme on peut le lire dans Le Figaro, reproduisant fidèlement les paroles de Zelensky : « Nous attendons un gel de la situation sur le front, et je pense que c’est la véritable manière de mettre fin à ce conflit. C’est le minimum, que nous attendons aujourd’hui de la Russie ». Les Atlantistes européens sont derrière lui.

Donc, les Atlantistes attendent quoi de la Russie ? Qu’elle cesse le combat, puisque l’armée atlantico-ukrainienne est dans une passe difficile sur le front, que Trump complique le jeu en raison de ses impératifs de survie politique intérieure et que la Russie avance avec certitude sur le front, tout en réduisant les capacités stratégiques de l’armée atlantico-ukrainienne, à la suite des frappes systématiques sur les infrastructures en profondeur en Ukraine.

Les Atlantistes ont effectivement besoin du processus de négociations diplomatiques. Mais ont-ils besoin du résultat ?

En fait, posons la question légèrement différemment : peuvent-ils obtenir, par les négociations, la possibilité de ne pas perdre la face, tout en pouvant continuer à renforcer l’armée en Europe et en Ukraine, sans perdre le contrôle politique du territoire ukrainien et, finalement, conduire les élites russes à accepter une demi-victoire qui se terminerait en défaite géopolitique ?

Et les États-Unis auraient encore une fois « sauvé » un peuple, le peuple ukrainien, et même, pourquoi pas, les Russes, puisque, dans ce rôle de grand arbitre qu’ils se sont attribué et qui est accepté, au moins formellement, en Russie, la fin de ce conflit serait portée à leur crédit.

En tout cas, au crédit de Trump. Ce qui est une nuance de taille, car Trump est en fin de course politique. Il a joué son rôle : perturber l’organisation des rapports internes aux élites globalistes à un tel point qu’ils pourront être reconfigurés. Mais pas par lui.

Or, pour réellement diriger une opération diplomatique de cette ampleur, si l’on croit au mythe selon lequel les Européens — les méchants — veulent la guerre, tandis que Trump — le gentil — veut la paix, il faut bénéficier d’un capital politique hors du commun. Sinon, toujours dans cette configuration de division des élites atlantistes, les Européens n’appliqueront pas les décisions prises.

Il est particulièrement rationnel de douter du fait que Trump bénéficie aujourd’hui d’un tel capital politique.

Autrement dit, que Trump veuille le résultat en plus du processus de négociation (configuration d’une division des Atlantistes) ou qu’il ne veuille que le processus (configuration d’une union des Atlantistes), il y a de fortes chances pour que cela ne s’arrête, comme à chaque fois, qu’au stade du processus : car c’est l’élément qui, dans tous les cas de figure, fait l’unanimité chez les Atlantistes. Chacun pour ses raisons : Trump, pour des raisons politiciennes ; les Atlantistes européens, pour se donner du temps ; les Atlantistes américains, pour préparer une reconfiguration dans la perspective de l’après-Trump.

Sur le fond, les problèmes fondamentaux n’ont pas changé et leur potentiel de résolution n’a pas augmenté : les Atlantistes ne reconnaîtront pas aujourd’hui de nouvelles frontières juridiques, selon les règles globalistes, c’est-à-dire avec une reconnaissance internationale, puisque ce serait la fin du monde global s’il reculait ; ils n’arrêteront pas la militarisation de l’économie, puisque c’est le seul moyen de repousser la chute totale de leur système économique, qui ne fonctionne pas, sans oublier que cela fait la fortune de certains acteurs économiques qui sont devenus des acteurs politiques ; ils ne remettront pas en cause la militarisation de la société, qui s’appuie sur la constitution de la figure de l’ennemi (la Russie, évidemment), puisque c’est le meilleur moyen, à ce jour, de se déresponsabiliser devant le peuple et d’intensifier les mécanismes de contrôle mental, sans lesquels ils ne peuvent maîtriser les populations.

Mais le processus de négociation plaît en Occident et BFM lance même : « Vers un Yalta pour l’Ukraine ? » N’oublions pas que Yalta n’a été réalisé que grâce à la capitulation, ensuite, de l’Allemagne nazie. Si l’Ukraine est le territoire du conflit et non le sujet, qui, des Atlantistes ou de la Russie, doit alors capituler dans cette logique ? Cela ne résoudrait donc pas le conflit : Yalta organisait « l’après-conflit ».

Ce conflit prendra fin. Et la Russie vaincra, car elle défend sa terre, à la différence des Atlantistes. Mais aucune victoire, surtout de cette ampleur, ne s’obtient uniquement dans un hôtel cinq étoiles ou sur les plages de Miami.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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