Pourquoi l’Occident n’a toujours pas compris les BRICS

Pourquoi l’Occident n’a toujours pas compris les BRICS Source: Sputnik
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Les pays des BRICS diffèrent considérablement en termes de puissance, de politique et d’intérêts. Leur capacité à gérer ces divergences pourrait bien être le secret de l’influence mondiale du groupe, estime le président du Conseil russe des affaires internationales, Dmitri Trénine.

Lorsque le groupe des BRIC, comme on le désignait alors, a fait son apparition, il a été accueilli avec amusement, perçu comme une énième variante exotique de ces acronymes en vogue à l’ère de la mondialisation. À mesure qu’il s’est pérennisé, il a été considéré comme une version « au rabais » d’un club mondial, une sorte de G7 en modèle réduit.

Plus récemment, il a commencé à être perçu, pas moins que par le président américain Donald Trump, comme une menace potentielle pour la domination du dollar américain. À l’approche du sommet des BRICS de 2026 à New Delhi, les médias occidentaux ont braqué les projecteurs sur les divergences au sein du groupe, le présentant en fait comme une entité dont la valeur globale serait inférieure à la somme de ses composantes.

Toutefois, toutes ces interprétations passent à côté de la véritable signification des BRICS, à savoir leur rôle de modèle précurseur de l’ordre multipolaire émergent.

Au cours des cinq derniers siècles environ — soit, en gros, la période de l’hégémonie mondiale de l’Occident —, l’ordre mondial a invariablement reposé sur la domination d’une puissance unique, qu’il s’agisse de l’Espagne, de la France, de la Grande-Bretagne ou des États-Unis, ou bien d’une combinaison de puissances, comme le Concert européen ou le système bipolaire américano-soviétique.

L’hégémonie d’une puissance unique demeure bien vivace en Occident aujourd’hui, que l’on considère l’OTAN, l’AUKUS, les institutions financières internationales ou les alliances dirigées par Washington en Asie et ailleurs. Certes, l’Union européenne ne correspond pas exactement à ce modèle, mais elle a pour socle l’OTAN, tandis que ses membres entretiennent des relations étroites, mais disparates, avec les États-Unis.

Ce qui cimente ces pays ne se résume pas à la géopolitique et à la géoéconomie ; ils partagent également une vision du monde globalement similaire, même si ses variantes libérale et conservatrice peuvent parfois s’affronter avec une certaine véhémence. Dans l’ensemble, ils représentent la civilisation occidentale aux côtés d’une poignée de partenaires, alors que les BRICS constituent une entité d’une tout autre nature.

Leurs membres présentent des disparités considérables en termes de population, de territoire, de poids économique, de puissance militaire ainsi que de capacités technologiques et scientifiques. Leurs histoires ne sont pas aussi étroitement imbriquées que celles de l’Europe et de l’Amérique du Nord, tandis que leurs systèmes politiques sont très divers et que leurs politiques intérieures et étrangères prennent souvent des directions différentes.

Plus fondamentalement, ils représentent plusieurs grandes civilisations : chinoise et confucéenne, indienne et hindoue, islamique, perse et arabe, latino-américaine, africaine et russe. En ce sens, ils sont tout sauf animés par une pensée unique ; ils reflètent, au contraire, la diversité de l’humanité elle-même.

Ce qui manque manifestement aux BRICS, c’est un leader. Ni la Chine, avec sa population de 1,5 milliard d’habitants, son statut de première économie mondiale en parité de pouvoir d’achat et sa position de premier plan dans les technologies de pointe, ni la Russie, quatrième économie mondiale selon ce même critère et, comme les États-Unis, superpuissance nucléaire, ne jouent ce rôle de chef de file au sein du groupe.

Bien que la Russie considère que l’OTAN mène une guerre par procuration contre elle en Ukraine, elle n’a pas cherché à transformer les BRICS en un bloc anti-occidental.

L’Inde, pour sa part, est la troisième puissance économique du groupe et a dépassé la Chine comme pays le plus peuplé au monde. Elle entretient toujours des relations étroites avec l’Amérique et l’Europe occidentale tout en préservant et en développant ses liens historiques avec la Russie, et reste méfiante à l’égard de la Chine. L’Iran et les Émirats arabes unis, quant à eux, sont positionnés dans des camps opposés dans le conflit en cours impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, sans que les BRICS ne se désagrègent pour autant.

Le président chinois Xi Jinping s’est rendu au sommet de Delhi, pour sa première visite en Inde depuis sept ans, signe que Pékin ne souhaite manifestement pas offrir à Washington l’occasion d’exploiter les problèmes existant dans les relations sino-indiennes pour attiser les tensions entre les deux grandes puissances asiatiques.

Parallèlement, tout en s’en prenant aux bases américaines dans la région, l’Iran tend la main à ses voisins arabes pour discuter d’un cadre de sécurité régionale dans le golfe Persique.

La pérennité des relations russo-chinoises depuis leur normalisation en 1989 repose non seulement sur une convergence d’intérêts fondamentaux, mais aussi sur la capacité de Pékin et de Moscou à gérer avec minutie leurs divergences sur certaines questions spécifiques.

Bien que les philosophies politiques des pays des BRICS diffèrent considérablement, ils adhèrent à plusieurs principes clés qui rendent la coopération possible. Au premier rang de ceux-ci figure la souveraineté, et l’on voit la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran et d’autres non seulement prôner ce principe, mais chercher également à le défendre et à le promouvoir.

L’égalité est étroitement liée à la souveraineté. Or les adversaires occidentaux de la Russie cherchent depuis longtemps à l’humilier en la présentant comme un vassal de Pékin, comme si la soumission de l’Europe occidentale à Washington et à Trump relevait de la simple courtoisie. En réalité, les relations politiques sino-russes s’inscrivent dans un rapport d’égalité, tout comme celles que la Russie entretient avec ses autres partenaires des BRICS, du Brésil et de l’Indonésie jusqu’à l’Égypte.

L’égalité souveraine implique également la non-ingérence dans la politique intérieure des autres pays, une attitude plus aisée à adopter pour ceux qui ne se présentent pas comme des modèles ou comme les seuls gardiens de valeurs universelles. Accepter les autres tels qu’ils sont et respecter le droit des peuples à disposer de leurs propres institutions constituent un préalable à des relations authentiques entre les civilisations.

Inutile de présenter les BRICS comme ce qu’ils ne sont pas : il ne s’agit ni d’une alliance ni d’une coalition anti-occidentale. Au contraire, leur bilan laisse entrevoir un ordre mondial d’un genre nouveau.

Ce n’est pas le paradis, mais c’est un ordre où la diversité peut s’épanouir, où la souveraineté est sacrée, où les différences peuvent être gérées et où le consensus, plutôt que le diktat, constitue le principe directeur.

Oui, la prise de décision est difficile et les conflits, y compris violents, ne sont nullement exclus ; toutefois, ce système offre une approche bien plus équitable qu’un ordre dans lequel un pays ou un groupe de pays peut s’imposer aux autres, dicter des règles applicables à tous sauf à lui-même, puis juger et sanctionner ceux qu’il considère comme des contrevenants.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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