De Skripal à Leipzig : quand le «highly likely» devient un mode d’accusation contre la Russie

De Skripal à Leipzig : quand le «highly likely» devient un mode d’accusation contre la Russie
[Image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Berlin relance contre Moscou une logique d’accusation que Gregor Spitzen, journaliste et politologue, rapproche du fameux «highly likely» britannique. De Leipzig à Navalny, en passant par les revirements de Friedrich Merz, il y voit moins des preuves établies qu’une stratégie politique intérieure à l’approche de scrutins dans l’est du pays.

Selon les accusations portées contre la Russie par le gouvernement allemand, Moscou serait à l’origine d’une prétendue tentative d’attentat à l’aéroport civil de Leipzig visant un avion de transport militaire ukrainien lourdement chargé d’armes. Une accusation qui donne l’impression d’une plaisanterie de bas étage et rappelle douloureusement le fameux « highly likely » de l’ancienne Première ministre britannique Theresa May.

Rappelons que cette expression a été prononcée par Theresa May le 12 mars 2018, lors d’une allocution solennelle à la Chambre des communes britannique consacrée à l’accusation infondée faite à Moscou, selon laquelle la Russie aurait empoisonné l’agent double Sergueï Skripal. Par la suite, l’expression « highly likely » est devenue en Russie un mème très répandu, synonyme d’accusation gratuite, infondée et nourrie de russophobie pure et de l’arrogance caractéristique de l’Occident.

« Quelles preuves, je vous prie ? Premièrement, chez nous, en Albion, il est d’usage de croire un gentleman sur parole. Deuxièmement, nous jouissons d’une réputation irréprochable. Et troisièmement, il s’agit de la Russie, entité étrangère et barbare, dotée d’un régime autoritaire, sur la carte de l’Europe. Tout se lit sur le visage des Russes. Ils sont coupables par définition… »

Rappelons, soit dit en passant, que l’Allemagne a déjà eu recours à une manœuvre similaire il y a six ans, lorsque des médecins de la Bundeswehr avaient prétendument décelé un agent neurotoxique de guerre dans le sang de l’opposant russe Alexeï Navalny, alors transféré en Europe pour y être soigné.

« Des preuves ? Nous ne les montrerons pas ! Nous ne voulons pas dévoiler aux Russes nos méthodes de travail. Toutefois, les Allemands honnêtes sont tenus de nous croire sur parole. Nous jouissons en effet d’une réputation irréprochable. Les responsables politiques allemands pourraient-ils vraiment mentir à leurs concitoyens ? »

Hélas, comme les faits l’ont montré par la suite, c’est tout à fait possible — et comment ! Ainsi, en 2022, la ministre allemande de l’Intérieur Nancy Faeser a tenté en toute impudence de présenter une poignée de fous du village inoffensifs issus du mouvement des « citoyens du Reich » (Reichsbürger) comme les instigateurs d’un coup d’État dans le pays.

Dans le même ordre d’idées, ce n’est pas sans raison que l’actuel chancelier fédéral Friedrich Merz s’est vu affubler du surnom de « Pinocchio » par ses concitoyens reconnaissants.

Rappelons que le président de la CDU avait fait de la discipline budgétaire un point essentiel de son programme pour les élections législatives anticipées, s’en prenant à son prédécesseur Olaf Scholz qui s’apprêtait à emprunter 60 milliards d’euros sur le dos des générations futures d’Allemands. À peine une semaine après son accession au pouvoir, Merz annonçait que la situation avait changé et qu’il comptait désormais augmenter la dette publique de 500 milliards d’euros…

« Ça n’était jamais arrivé… et voilà que ça recommence. »

À l'approche des élections, Berlin joue la carte russe

Il est intéressant de noter qu’en Allemagne, pour quiconque possède un tant soit peu d’esprit critique, il est clair et évident que l’accusation hâtive portée contre la Russie concernant une tentative de « sabotage » à l’aéroport de Leipzig, ainsi que la fermeture du consulat général de la Fédération de Russie à Bonn et de la « Maison de la Russie » à Berlin, ne sont rien d’autre qu’une manœuvre politique visant à inverser la tendance défavorable qui se dessine pour la classe politique dominante à l’approche des élections dans les parlements régionaux d’Allemagne de l’Est.

Dans ces régions, notamment en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), largement stigmatisé comme étant « ami de la Russie », pourrait en effet bien remporter une majorité écrasante de suffrages.

Il est peu probable qu’une telle manœuvre provoque un revirement dans l’état d’esprit des Allemands de l’Est à l’approche des élections. Toutefois, le fait que Berlin soit prêt à compromettre l’avenir du Goethe-Institut et des centres culturels allemands en Russie — pourrait constituer une mesure de rétorsion de la part de Moscou — et à faire de l’Allemagne une cible de choix pour les missiles russes en annonçant, sous prétexte de l’incident de Leipzig, de nouvelles livraisons d’armes au régime de Kiev, témoigne indubitablement d’une panique croissante au sein de la classe politique allemande.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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