Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Tribunal international spécial sur l'Ukraine : une parodie de justice

Tribunal international spécial sur l'Ukraine : une parodie de justice Source: Sputnik
Tribunal international spécial sur l'Ukraine : une parodie de justice [photo d'illustration]
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La France relance l’idée de créer un «tribunal international spécial» pour condamner, et non juger, la Russie. Pour Karine Bechet, les élites globalistes veulent à tout prix se venger de Vladimir Poutine, qui ne permet pas la reddition de la Russie et met en danger leurs intérêts.

Le front ukrainien est une guerre existentielle pour les Globalistes, qui y jouent leur puissance. Si la Russie cède, ils reprendront le contrôle de « leur » monde, car la preuve sera faite — pour un temps — qu’il n’est pas possible d’exister en dehors du Monde global. Si la Russie résiste, il devient évident que leur pouvoir peut être contesté, ce qui ouvre la voie à d’autres fronts contre eux, à un réveil des souverainetés. Si la Russie remporte véritablement la victoire, non pas à l'issue de négociations, qui ne feraient que permettre à ces élites globalistes de continuer à exister, mais en actant leur défaite, alors ils perdent le pouvoir et la voie est ouverte à une autre configuration du monde.

Dans cette configuration, Vladimir Poutine est une aiguille de taille dans leur talon. Si le président russe permet et conduit des négociations, il n’ouvre pas la porte à des compromis qui mettraient en danger la Russie et réaffirme régulièrement que si les buts du conflit en Ukraine, à savoir l’instauration d’une architecture de sécurité internationale garantissant la sécurité de la Russie, ne sont pas atteints par les négociations, ils le seront par la guerre.

Les Globalistes prennent cette position, pourtant rationnelle et logique, comme un affront. Et un affront, qu’ils ne peuvent digérer.

Comme l’écrivait Jean-Paul Sartre dans Les séquestrés d’Altona : « Il y a deux façons de détruire un peuple : on le condamne en bloc ou bien on le force à renier les chefs qu'il s'est donnés. La seconde est la pire. »

Les Globalistes ne peuvent se permettre de condamner le peuple russe dans son être, sauf à reprendre la ligne génocidaire des nazis, qui considéraient les Slaves comme des sous-hommes. Ils veulent donc condamner le chef que les Russes se sont donnés, afin de les conduire à le renier. Ils détruiraient ainsi, dans leur esprit, la Russie de l’intérieur.

La France est, une fois n’est pas coutume, à la tête de ce mouvement et s’engage pour la mise sur pied d’un tribunal international spécial devant condamner la Russie en Ukraine. 

Comme le déclare Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères : « La France rejoindra l'accord relatif au Comité de pilotage du Tribunal spécial, dont nous espérons voir aboutir la création lors de la réunion ministérielle de Chisinau, les 14 et 15 mai prochains. » Cette structure doit s’appuyer sur l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (qui n’a pas compétence en la matière), en plus de la CPI (qui n’est pas non plus compétente en la matière).

Si la volonté d’ouvrir un front juridique contre la Russie est bien marquée depuis longtemps, la question du fondement juridique de cet organe à charge soulève beaucoup de questions.

La Russie est sortie du Conseil de l’Europe, et de l’assemblée parlementaire de cette institution, et aussi russophobe soit-elle, elle ne peut agir contre la Russie. Par ailleurs, rien dans les statuts de cet organe ne prévoit explicitement la possibilité de créer une juridiction internationale ad hoc, comme cela est envisagé. La seule cour qui fonctionne est la CEDH, qui n’a plus compétence non plus à l’égard de la Russie, même si elle semble souvent l’oublier. Or, en droit international, les compétences ne se présupposent pas. Les États s’engagent sur des textes précis, sinon cela entraînerait une remise en cause de leur souveraineté.

« Les Globalistes n’ont pas beaucoup de choix »

La même question de légalité se pose à l’égard de la CPI, qui semble elle aussi faire semblant de considérer qu’adopter des actes contre des ressortissants d’un pays (en l’occurrence la Russie), qui ne reconnaît pas sa compétence, soit normal. 

Il faut dire que les Globalistes n’ont pas beaucoup de choix. La voie de l’ONU leur est fermée, puisque la création d’un tribunal spécial international exige un vote du Conseil de sécurité, où la Russie et la Chine opposeraient leur véto.

Si la légalité fait objectivement défaut, la légitimité de même. Tout d’abord, rappelons qu’en général, un tribunal pénal international est créé après un conflit, entendez une fois terminé. Il est conçu par les vainqueurs pour juger les vaincus, comme le tribunal de Nuremberg en a ouvert la voie. 

Certes, ce principe de bon sens a été violé et on peut se rappeler le funeste exemple du tribunal pour l’ex-Yougoslavie, dont la réputation entachée de partialité est encore dans toutes les mémoires. Dans ce cas, justement, cette institution fut un élément du conflit. Elle devait justifier l’agression atlantiste de la Yougoslavie, en condamnant de manière sélective ceux qui s’opposaient à l’avènement dans les années 90 de ce Monde global dans cette région.

Il semblerait que la démarche soit la même en ce qui concerne la Russie. Les Atlantistes ont besoin de faire reposer sur la Russie la responsabilité, et de leur agression de l’Ukraine, et des crimes commis par l’armée atlantico-ukrainienne contre les Ukrainiens et les Russes.

Comme le déclare Barrot, « la réparation des dommages ne suffit pas, les dirigeants russes devront rendre des comptes ». Quelqu’un doit être responsable de cette catastrophe humaine et géopolitique, et les Globalistes veulent faire oublier leur responsabilité.

Opération militaire russe

S’il y a bien eu agression de l’Ukraine, elle ne vient pas de la Russie. En 2004, sous l’égide de l’OSCE, un troisième tour inconstitutionnel est organisé lors de l'élection présidentielle en Ukraine, car le résultat ne correspondait pas aux besoins de ces élites globalistes. Il en découle la Révolution orange, qui détruit le système politique ukrainien. Pourtant, les Ukrainiens insistent et, lors de la présidentielle suivante, ils votent de nouveau pour Yanoukovitch, qui avait été évincé par ce coup de force extérieur.

La « délicatesse » n’est alors plus de mise et la société ukrainienne est plongée dans le sang et la terreur en 2014, peu avant de nouvelles élections. C’est le Maïdan. Financé par les États-Unis, comme Viktoria Nuland l’avait alors reconnu. Des groupes néonazis (en glorifiant les héros et en reprenant la rhétorique) sont armés, entraînés et lancés contre la population de l’Est, laquelle se soulève contre cette folie. La suite nous la connaissons. Ce sont bien les Atlantistes qui ont agressé et détruit l’Ukraine.

Après de longues années de tempérance, la Russie finit par lancer l’Opération militaire spéciale, après qu’en 2021 Biden refuse une nouvelle architecture de sécurité internationale, que la nucléarisation de l’Ukraine est ouvertement envisagée, que l’Ukraine est militarisée par l’intermédiaire de différents programmes bilatéraux ou dans le cadre de l’OTAN (comme le programme canadien UNIFIER), que l’armée ukrainienne est massée début 2022 à la ligne de front et que des tirs touchent les régions russes, considérées comme russes par la Communauté internationale.

Ainsi, l’Opération militaire russe n’est pas une agression, mais une réponse. 

Sur le fond, la partialité des Globalistes est inqualifiable. Nous ne reviendrons pas sur les assassinats politiques en Ukraine, ni sur la fermeture des partis et des médias d’opposition, sur les massacres de civils (Odessa ou Boutcha, pour se venger de la population qui accueillait la Russie), ni sur la militarisation des sites protégés (écoles, hôpitaux) qui avait été dénoncée par Amnesty International, ni sur la prise en otage de la population civile (Azovstal, par exemple), ni sur les enlèvements de civils (dans la région de Koursk, par exemple), ni sur les exactions commises contre les civils dans l’Est de l’Ukraine dont les témoignages sont clairs, ni sur les actes de terrorisme en Russie, etc.

Parodie de justice

Sans légalité, ni légitimité, cette parodie de justice internationale n’a qu’un double but politique : déresponsabiliser les Globalistes, et de leur crime d’agression contre l’Ukraine, et des crimes commis par leur armée atlantico-ukrainienne contre les Russes et les Ukrainiens, tout en tentant de ternir à l’international et à l’intérieur de la Russie l’image de son dirigeant Vladimir Poutine.

Si ce bas procédé peut fonctionner à l’international, puisque les médias sont largement contrôlés et que les élites sont asservies, l’impact en Russie sera minime. Si la population grogne contre le pouvoir, c’est dans sa grande majorité non pas pour critiquer le combat sur le front ukrainien, mais pour critiquer la retenue politique. Les Russes veulent la victoire et veulent que les moyens soient pleinement donnés à l’armée. Comme le déclarait le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, la Russie est patiente, mais sa patience a des limites. 

Ce moment risque d’arriver plus tôt que prévu. Et ce sont bien les responsables globalistes qui se retrouveront ensuite sur le banc des accusés. Ce qu’ils craignent plus que tout au monde.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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