Allemagne : malgré les protestations, le ministre de la Défense n'exclut pas la conscription
Source: Gettyimages.ruEn Allemagne, des jeunes hommes opposés au service militaire ont déjà été convoqués à des examens médicaux par l'armée. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, n'exclut pas une conscription ciblée si les volontaires manquent. Des lycéens ont pourtant manifesté contre cette perspective.
Le service militaire obligatoire reste une option pour Berlin. Interrogé par les journaux du groupe Funke, le 7 novembre, Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense, a laissé la porte ouverte à un appel ciblé si les effectifs ne progressent plus. Pour les jeunes concernés, la réforme de l'armée allemande (Bundeswehr) a déjà des conséquences.
Le ministre mise officiellement sur les engagements volontaires. La Bundeswehr compte désormais, selon lui, quelque 190 000 militaires, son meilleur chiffre depuis 13 ans. Il a déclaré : « Si cette tendance se maintient, nous n’aurons aucun problème de recrutement. » Si cette tendance s'inverse, le gouvernement pourra demander au Parlement allemand (Bundestag) de voter une conscription en fonction des besoins de l'armée.
La contrainte s'installe déjà
Depuis le 1er janvier 2026, les Allemands qui atteignent 18 ans reçoivent un questionnaire sur leur santé et leur intérêt pour le service militaire. Les hommes sont obligés de répondre, les femmes non. En juillet dernier, l'armée a commencé à convoquer à des examens médicaux obligatoires même des jeunes qui avaient refusé de servir. Selon le ministère de la Défense, environ 470 avaient reçu une convocation fin juillet. La généralisation de ces examens est prévue le 1er juillet 2027.
Le service demeure volontaire. Mais ces démarches permettent à la Bundeswehr de recenser des recrues potentielles avant même qu'une décision sur le retour de la conscription soit prise. La réforme conserve ainsi le volontariat comme principe, tout en préparant les moyens d'aller au-delà.
Les 190 000 soldats annoncés par Boris Pistorius ne constituent pas le chiffre recherché. Pour 2035, Berlin vise entre 255 000 et 270 000 militaires d'active, auxquels s'ajouteraient au moins 200 000 réservistes. L'écart reste considérable, malgré les annonces optimistes du ministre.
Des jeunes dans la rue
Cette politique rencontre une opposition visible. Le 25 septembre, des lycéens ont manifesté dans plusieurs villes allemandes contre le retour possible du service obligatoire et le renforcement de la Bundeswehr. Le ministre reconnaît leur inquiétude, mais invoque la nécessité de disposer de forces capables de dissuader un adversaire.
Répondant aux jeunes qui refusent de partir au front, Boris Pistorius a affirmé : « Mais quand, lors des manifestations, on entend : "Nous ne voulons pas aller au front ni mourir à la guerre", alors je ne peux que répondre : notre souhait est le même. »
Le message officiel se veut rassurant. Dans les faits, les jeunes hommes sont déjà soumis à des démarches obligatoires et Berlin se réserve la possibilité d'aller plus loin si les volontaires ne suffisent pas.