L’Europe à la merci d'un «kill switch» américain pour ses infrastructures cloud, alerte un rapport

L’Europe à la merci d'un «kill switch» américain pour ses infrastructures cloud, alerte un rapport© BlackJack3D Source: Gettyimages.ru
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L'Union européenne mise trop sur les infrastructures cloud américaines pour sa défense, explique un rapport d’un groupe de réflexion européen, qui a pointé le risque d'un «kill switch» pouvant causer l’interruption de nos services numériques, une éventualité qui pourrait menacer directement l’économie et la défense européennes.

Un rapport du groupe de réflexion Future of Technology Institute (FOTI) a alerté ce 17 avril que plus des trois-quarts des pays européens utilisent des services cloud (services de stockage, de base de données, de serveurs et de logiciels utilisables depuis des centres de données distants) pour des activités vitales à la sécurité nationale, mettant en garde contre les risques de vulnérabilité que cette dépendance numérique pourrait engendrer pour lesdits gouvernements.

Selon Cori Crider, directrice exécutive du FOTI, « les responsables européens de la défense n’ont plus le luxe d’ignorer le risque d’un kill switch du cloud. L’administration Trump et ses soutiens dans la Big Tech ont militarisé nos dépendances technologiques — et tout indique que cela ne fera qu’empirer ».

Menace d’une cyberguerre sur l’Europe

Au sein des pays de l’Union européenne, il existe des craintes grandissantes de coupure d’accès aux services numériques à distance, liés notamment à la défense, de la part de l’administration Trump sur fond de tensions entre l’Europe et le gouvernement américain. D’après le rapport, 23 des 28 pays étudiés de l’UE avec le Royaume-Uni « semblent reposer sur des technologies américaines ». 

L’étude, basée sur des informations publiques provenant des sites internet des différents ministères de la Défense, des médias nationaux et des registres des marchés publics de l'UE et du Royaume-Uni, a mis en évidence que 16 pays européens « courent un risque élevé face à un potentiel "kill switch" américain ». Parmi ces pays figurent notamment l'Allemagne, la Pologne et la Grande-Bretagne, qui comptent par ailleurs parmi les trois principales puissances militaires européennes. Le risque le plus faible a été relevé en Autriche, qui ne fait pas partie de l’OTAN.

Solutions nationales ou européennes et dépendances sous-jacentes

Сertaines capitales européennes commencent à se détourner des géants américains Microsoft, Google, Amazon et Oracle au profit de solutions nationales ou européennes en matière de services technologiques et numériques. Le rapport du FOTI a rappelé les mesures prises dans certains pays d'Europe pour réduire les dépendances, telles que le passage aux logiciels libres par le ministère italien de la Défense ou par l'État allemand du Schleswig-Holstein au nord du pays. Dans une même conjecture, les Pays-Bas collaborent avec l'entreprise de télécommunications KPN et le groupe français Thales pour construire leur propre cloud de défense. Ces « petits changements ou des avancées constituent un pas dans la bonne direction », a déclaré Cori Crider.

Face à ce recours, les majors américains ont tenté de proposer des services de cloud computing dits « souverains », supposés échapper au contrôle de Washington. Or, selon le FOTI, « cet étiquetage ne résout pas les problèmes de dépendance sous-jacents », avertissant que ces systèmes pourraient toujours relever de la loi CLOUD, permettant au gouvernement américain d'exiger la remise des données stockées à l'étranger par ces entreprises. Les chercheurs du FOTI mettent en garde également contre de possibles sanctions américaines qui pourraient contraindre ces mêmes entreprises à suspendre leurs services de maintenance et de mises à jour de sécurité.

« Si vous pouvez faire cela à Kiev, vous pouvez le faire à Londres, Bruxelles, Paris et Berlin »

En 2025, l’administration Trump avait refusé de fournir des services d’imagerie satellite de la société américaine Maxar à l’Ukraine, dans le sillage de l’épisode de l’échange entre le président Donald Trump et Volodymyr Zelensky. Dans ce contexte, Katja Bego, membre du groupe de réflexion britannique Chatham House, a déclaré : « si vous pouvez faire cela à Kiev, vous pouvez le faire à Londres, Bruxelles, Paris et Berlin », indiquant qu'il est question d'« un véritable électrochoc. Il s’agit d’un risque existentiel pour la sécurité nationale ».

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