La France renonce à réclamer la démission de Francesca Albanese au Conseil des droits de l’homme de l’ONU

La France renonce à réclamer la démission de Francesca Albanese au Conseil des droits de l’homme de l’ONU Source: Gettyimages.ru
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés, le 5 janvier 2026 à Bologne, en Italie.
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Paris avait affiché une position ferme et annoncé qu’elle exigerait la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens. À Genève, la France a finalement renoncé à porter cette demande devant le Conseil des droits de l’homme. Un revirement qui met en lumière les tensions persistantes autour de la question palestinienne

Réunie à Genève pour la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme ouverte le 23 février 2026, la diplomatie française n’a pas mis à exécution la menace formulée quelques jours plus tôt. Paris n’a finalement pas demandé la démission de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés.

Selon Politico, la représentante permanente de la France auprès de l’ONU à Genève, Céline Jurgensen, s’est contentée d’évoquer des « déclarations répétées et extrêmement problématiques » et d’appeler les titulaires de mandat à faire preuve de « retenue, modération et discrétion ». Aucune demande formelle de départ n’a été exprimée à la tribune.

Ce ton mesuré contraste avec la fermeté affichée par le ministre des Affaires étrangères. Le 11 février, devant l’Assemblée nationale, Jean-Noël Barrot affirmait que les « provocations » de la rapporteuse appelaient « une seule réponse : sa démission », assurant que la France porterait cette exigence avec détermination devant le Conseil. Ce décalage entre discours politique et intervention diplomatique a soulevé des interrogations sur la portée réelle de la position française.

Une polémique autour de propos contestés

L’origine de la controverse remonte au 7 février, lors d’un forum organisé par Al-Jazeera consacré à la situation à Gaza. À la suite de cette intervention, plusieurs responsables politiques européens ont accusé Francesca Albanese d’avoir qualifié Israël d’« ennemi commun de l’humanité ».

Pourtant, ses propos auraient été déformés. Dans l’enregistrement complet, la rapporteuse évoque un « ennemi commun » en référence à un « système » politique, économique et financier qu’elle estime responsable de la poursuite des violences à Gaza et de l’impunité qui les entoure. Interrogée, elle a déclaré n’avoir « jamais » désigné Israël comme tel.

Euronews, dans une enquête publiée le 25 février 2026, indique qu’une des vidéos utilisées pour étayer les accusations aurait été manipulée à l’aide de l’intelligence artificielle. Le média précise que la version diffusée par l’ONG UN Watch modifiait la voix de la rapporteuse, laissant entendre qu’elle visait explicitement l’État israélien. L’enregistrement original, lui, ne mentionne pas Israël comme « ennemi commun ».

Au-delà de la séquence médiatique, l’affaire a relancé le débat sur les pressions exercées contre certains titulaires de mandat onusiens lorsqu’ils critiquent la conduite israélienne de la guerre à Gaza.

Une démission hautement improbable

Malgré toutes ces clarifications, Jean-Noël Barrot a maintenu ses critiques. Il a dénoncé des propos « condamnables », estimant qu’ils s’inscrivaient dans une série de « provocations répétées ». Le ministère français des Affaires étrangères a par ailleurs assuré que son appel à la démission ne reposait pas uniquement sur la vidéo controversée.

Sur le plan institutionnel, les possibilités d’éviction demeurent toutefois limitées. Une démission forcée supposerait l’adoption d’une résolution par le Conseil des droits de l’homme, une perspective jugée peu probable au regard de sa composition actuelle. Plusieurs pays dits du Sud, sensibles à la question palestinienne, apparaissent peu disposés à soutenir une telle initiative.

Le Comité de coordination des procédures spéciales, déjà saisi à deux reprises au sujet de Francesca Albanese, a estimé que les accusations portées contre elle n’étaient pas suffisamment étayées.

En poste depuis 2022, la rapporteuse a déclaré qu’elle ne céderait pas aux pressions et n’envisageait pas de démissionner. Plusieurs organisations, dont Amnesty International, ainsi que des universitaires et personnalités publiques, ont dénoncé des attaques fondées sur des éléments inexacts et mis en garde contre toute tentative de fragilisation des mécanismes indépendants des Nations unies.

Dans ce contexte, la France a finalement choisi de ne pas traduire ses déclarations politiques en initiative formelle devant le Conseil. L’« affaire Albanese » met ainsi en lumière les lignes de fracture persistantes au sein de l’ONU, où la question palestinienne continue de cristalliser les tensions entre puissances occidentales et pays du Sud.

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