La justice allemande découvre que traiter Merz de Pinocchio n’est pas un crime

La justice allemande découvre que traiter Merz de Pinocchio n’est pas un crime
Le chancelier allemand, Friedrich Merz. [Image d’illustration générée par l’intelligence artificielle]
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Un retraité a failli devenir l’ennemi public numéro un pour avoir écrit que «Pinocchio arrive en ville», en référence au chancelier allemand Friedrich Merz. Après frissons judiciaires et communiqués solennels, la justice a redécouvert que la satire existe encore. Verdict : appeler le chef du gouvernement «Pinocchio» n’est pas un crime.

La République fédérale d'Allemagne a tremblé. Non pas secouée par un scandale d’État, mais par un commentaire sur Facebook : « Pinocchio arrive à Heilbronn ». Un retraité, armé d’un clavier et d’un sens inné de l’ironie, a osé comparer le chancelier allemand Friedrich Merz au plus célèbre pantin à nez extensible de la littérature enfantine.

L’affaire, révélée par le journal Heilbronner Stimme, a pris une ampleur digne d’un thriller politique. Une enquête a été ouverte à la veille de la visite du chancelier. On imagine les scènes : des procureurs penchés sur la gravité historique de l’expression « Pinocchio », des experts convoqués pour mesurer la longueur métaphorique du nez présidentiel.

Puis, miracle. Dans un communiqué conjoint du parquet et de la police de Heilbronn, il a été solennellement annoncé que l’affaire était classée : « En raison d’une publication d’un utilisateur Facebook intitulée "Pinocchio arrive à Heilbronn" largement couverte par les médias, le parquet de Heilbronn a mis fin aujourd’hui à l’affaire conformément à l’article 170 alinéa 2 du code de procédure pénale, car il s’agit d’une critique des autorités qui est protégée par la liberté d’expression et donc admissible ». Autrement dit, comparer un dirigeant à un personnage de conte ne constitue pas un attentat contre l’ordre constitutionnel.

Le parquet a d’ailleurs précisé qu’un cas similaire avait déjà été classé sans suite. Apparemment, « Pinocchio » pourrait désormais circuler librement dans le débat public.

Il faut dire que le monde judiciaire a déjà connu des épisodes savoureux. En septembre dernier, des perquisitions ont été menées chez l’auteur présumé de graffitis visant Merz et son parti, à la demande de l'épouse de l'actuel chancelier. La fiction aurait du mal à faire mieux.

L’année 2024 n’a pas été plus calme. Un autre retraité a vu la police sonner à sa porte après avoir partagé sur X un mème montrant l’ancien ministre de l’Économie Robert Habeck accompagné du mot « Schwachkopf » (« idiot »). La plaisanterie reposait sur un jeu de mots : une déformation du nom de la célèbre marque Schwarzkopf Professional. Autrement dit, un simple calembour transformé en affaire pénale. Résultat : condamnation à une amende pour usage de symboles d’organisations anticonstitutionnelles et terroristes, ainsi que pour incitation à la haine. En 2024, il suffisait visiblement d’un shampooing mal orthographié pour attirer l’attention du parquet.

À la lumière de cet épisode, le retraité de Heilbronn peut s’estimer nettement plus chanceux : il a manqué peu pour que le nez imaginaire devienne pièce à conviction. Finalement, la justice allemande a redécouvert un principe ancien : la satire fait partie du débat démocratique.

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