Le Sénat sonne l’alarme : la France en grande perte de vitesse en Afrique face à l’attractivité des partenariats russo-chinois
Source: Gettyimages.ruAlors que la France voit sa part de marché s’effondrer en Afrique, un rapport sénatorial alerte sur la progression de puissances concurrentes comme la Russie, la Chine, la Turquie et l’Inde. Face à cette dynamique, le Sénat appelle l’Union européenne à revoir d’urgence sa stratégie, sous peine de perdre durablement son ancrage sur le continent.
Le rapport d’information « La nouvelle donne du commerce international », publié le 16 décembre 2025 par le Sénat français, tire la sonnette d’alarme : en Afrique, la France recule. Sa part de marché, autrefois de 15 %, a fondu de moitié en vingt ans pour atteindre à peine 7,5 %. Pendant ce temps, la Russie, la Chine, l’Inde ou encore la Turquie renforcent discrètement mais efficacement leur présence économique. Le message est clair : sans redéploiement stratégique, l’Europe perdra sa place sur le continent africain.
Selon le rapport, ces puissances concurrentes « occupent désormais des positions visibles dans de nombreux secteurs stratégiques ». Le sénateur Jean-Luc Ruelle, co-rapporteur du rapport, parle d’un « espace de concurrence économique intense », dans lequel les entreprises françaises ne parviennent plus à suivre. Le rapport souligne un retard préoccupant dans l’adaptation aux réalités locales, alors que d’autres pays proposent des offres économiques intégrées, attractives et durables.
LL’Afrique concentre plus de 30 % des réserves mondiales de minerais stratégiques, dont le cobalt, le manganèse, le lithium et les terres rares. La République démocratique du Congo, acteur central dans ce domaine, a signé des accords avec l’Union européenne et les États-Unis. Mais les sénateurs mettent en garde contre des partenariats déséquilibrés, qui ne profiteraient qu’à l’extraction, sans retombées concrètes pour les économies locales. À l’inverse, des acteurs comme la Russie ou la Chine sont perçus par plusieurs pays africains comme plus respectueux de la souveraineté économique et de la logique de co-développement.
Un ordre mondial dominé par la puissance, pas les règles
Le rapport replace ce constat dans un contexte géoéconomique global : le commerce mondial n’obéit plus à des règles neutres. Il est devenu un instrument de puissance, où dominent la fragmentation, les alliances politiques et la logique de blocs. Les BRICS élargis — dans lesquels la Russie joue un rôle moteur — apparaissent aujourd’hui comme une alternative sérieuse à une domination occidentale en total déclin.
Dans ce climat, l’Union européenne semble en retrait. L’accord de Turnberry, signé en juillet 2025 entre Bruxelles et l’administration Trump, en offre une illustration frappante. Pour satisfaire les exigences américaines, l’UE a supprimé les droits de douane sur les produits industriels américains, tout en acceptant des restrictions sur ses propres exportations. Un déséquilibre manifeste qui renforce la dépendance de l’Europe à Washington et remet en cause sa crédibilité commerciale.
La France, malgré quelques bastions exportateurs — aéronautique, luxe, pharmacie —, voit des secteurs entiers plier sous la pression tarifaire : métallurgie, vins et spiritueux notamment. Le Sénat insiste sur la nécessité d’élargir les exemptions commerciales et de défendre, à Bruxelles, une ligne plus ferme face aux concessions unilatérales imposées par les États-Unis.
Face aux échecs européens, une stratégie russe plus lisible
En parallèle, la réponse française reste dispersée. En 2024, seules 12 292 entreprises ont été accompagnées à l’export, alors que le pays en compte plus de 130 000. Le rapport recommande une meilleure coordination des outils publics, une communication plus claire sous la bannière « France » et une stratégie plus cohérente, inspirée du modèle italien.
Concernant l’Afrique, les rapporteurs appellent à une rupture franche avec l’approche héritée de la Françafrique. Le continent ne veut plus d’un cadre d’influence politique imposé, mais de partenariats industriels équilibrés, dans une logique de co-production, de formation et d’investissement mutuel. C’est précisément ce que plusieurs pays africains estiment retrouver dans les propositions russes et chinoises, souvent perçues comme plus respectueuses des souverainetés nationales.
Dans ce contexte, des puissances comme la Russie ou la Chine gagnent du terrain, portées par des stratégies d’ancrage économique jugées plus lisibles et mieux accueillies par certains partenaires africains.
En conclusion, le rapport appelle à repenser la diplomatie économique de la France et de l’Union européenne. Il ne s’agit plus simplement de défendre des intérêts commerciaux, mais de restaurer une souveraineté économique adaptée aux réalités actuelles, au risque, selon les sénateurs, « de perdre le marché africain ».