«Intervention militaire d'un autre âge», «basculement géopolitique majeur» : la classe politique française réagit au coup de force de Trump au Venezuela

«Intervention militaire d'un autre âge», «basculement géopolitique majeur» : la classe politique française réagit au coup de force de Trump au Venezuela© Jesus Vargas Source: Gettyimages.ru
Des panaches de fumée, observés depuis Caracas, après le coup de force militaire américain, ce 3 janvier 2026. [Photo d'illustration]
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Après l’opération militaire américaine menée contre le Venezuéla, s’étant soldée par l’enlèvement de son président et de sa femme ce 3 janvier, de nombreux politiques français ont réagi sur les réseaux sociaux. Des réactions disparates, allant de l’appel à condamner un «acte de guerre» à des condamnations plus... ambigües.

Les réactions se sont multipliées en France, tout au long de la journée du 3 janvier, après l’annonce par Donald Trump de l’exfiltration de Nicolás Maduro et de sa femme lors d’une attaque américaine menée à Caracas.

« Les États-Unis de Trump s'emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d'un autre âge et l'enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse », a dénoncé en fin de matinée le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, fustigeant le « prétexte » de la lutte contre le narcotrafic.

« L’agression militaire des États-Unis de Donald Trump contre le Venezuela marque le retour du pire des impérialismes vis-à-vis de l’Amérique latine », a condamné le député de Seine-Saint-Denis LFI Éric Coquerel, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale.

« C’est la poursuite du piétinement du droit international qui met toujours plus en danger la paix dans le monde », a-t-il ajouté appelant la France à « condamner au plus vite et sans ambiguïté cet acte de guerre ». Même son de cloche du côté du coordinateur du parti, Manuel Bompard, qui a pointé du doigt « une agression qui viole toutes les règles du droit international et menace la paix dans toute la région ». 

« Trump annonce l’enlèvement du président vénézuélien. Quoique l’on pense de Maduro, cet acte doit être unanimement condamné. La force ne peut remplacer le droit », a également dénoncé à gauche, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Du côté des souverainistes, François Asselineau, président de l’Union populaire républicaine (UPR) a dénoncé « un acte de piraterie internationale », guettant un éventuel « deux poids deux mesures » à venir de la part de responsables politiques français et européens ayant soutenu l’armement de Kiev face à la Russie. « Réactivation de la doctrine Monroe, mais la base MAGA a-t-elle voté pour ça ?… » a réagi dans un court post le président des Partriotes, Florian Philippot.

« Si chaque État décidait désormais de capturer les dirigeants qu’il juge illégitimes, il n’y aurait plus ni droit international, ni souveraineté, ni ordre mondial, seulement la loi du plus fort », a quant à lui mis en garde Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, évoquant dans un « basculement grave ».

Coups d'État occidentaux : De Villepin renvoie aux précédents

Dans un message similaire, évoquant un « basculement géopolitique majeur », Dominique de Villepin a regretté une « légitimation des changements de régime par la force ». « Dès lors que les États-Unis s’affranchissent de la légalité, que dirons-nous à la Chine si elle renverse un régime qui lui déplait, en Corée, au Vietnam ou à plus forte raison à Taiwan ? Quels arguments aurons-nous à opposer à la Russie si elle renverse un gouvernement qui lui déplait en Moldavie, voire dans les Pays Baltes ? », a développé cet ancien (2002 – 2004) chef de la diplomatie française.

« Aussi détestables soient les gouvernements renversés, les précédents montrent que les changements de régime ne mènent ni à la démocratie, ni à la paix, mais au chaos, à la guerre civile et à la dictature », a-t-il mis en garde renvoyant aux cas irakien et libyen.

À droite, le Rassemblement national (RN) s’est montré critique tant à l’encontre de Maduro que de l’opération américaine. « Le respect du droit international et de la souveraineté des États ne peut être à géométrie variable », a déclaré Jordan Bardella, tout en évoquant une « dictature sanguinaire et sans pitié » selon lui de rigueur au Venezuela. « Le renversement extérieur d’un gouvernement, par la force, ne saurait constituer une réponse acceptable, ne faisant qu’aggraver l’instabilité géopolitique de notre temps », a poursuivi le président du Rassemblement national (RN).

Tonalité similaire du côté de l’ex-patronne du parti, Marine Le Pen. « La souveraineté des États n'est jamais négociable, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance, quel que soit leur continent. Elle est inviolable et sacrée » a insisté la députée RN du Pas-de-Calais évoquant le « changement de régime » opéré par Washington à Caracas.

De son côté, l'ancien ministre de l'Intérieur (2024 - 2025) Bruno Retailleau et président du parti Les Républicains a évoqué pêle-mêle « le régime narco-socialiste autoritaire de Maduro », la « guerre hybride silencieuse, qui ne dit pas son nom » contre le narcotrafic et le fait que « la souveraineté du peuple vénézuélien demeure sacrée ».

Le Quai d'Orsay évite de citer les États-Unis

Les réactions se sont faites bien plus timorées du côté des officiels français et de certaines figures atlantistes. « L'opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international », a mollement déclaré Jean-Noël Barrot, sans même nommé les États-Unis et après tout un paragraphe dédié à la « confiscation » du pouvoir par Nicolás Maduro et de conclure sur la réitération de « l’attachement » de la France « à la Charte des Nations unies, qui doit continuer de guider l’action internationale des États, toujours et partout ».

Même développement, un peu plus tôt, du côté de Raphaël Glucksmann. « La voie de Trump n’est pas la nôtre, Français et Européens », a notamment déclaré cet eurodéputé et ex-mari d'Eka Zgouladzé, ministre géorgienne des Affaires intérieures par intérim (2012), de Mikheil Saakashvil, passée par Kiev (2014 - 2016) sous l’ère Porochenko - après avoir lancé : « pas une larme pour le dictateur ploutocrate Maduro ».

« Il faut avoir conscience que nous entrons dans un monde sans droit international où prévaut la loi du plus fort », a ajouté le coprésident de Place publique. Rappeler le droit tout en condamnant Maduro : un « exercice de contorsion » qu’a même souligné le journaliste Darius Rochebin, animateur sur LCI d’une émission à l’orientation pro-Kiev.

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