Ouganda-Turquie : derrière la rupture militaire, l’ombre d’Israël ?
© Getty ImagesL’Ouganda a suspendu toute coopération militaire avec la Turquie, sur fond de conflit autour de l’opposant Fred Lumbuye et de tensions en Somalie. La proximité affichée du chef de l’armée Muhoozi Kainerugaba avec Israël alimente les interrogations sur un arrière-plan géopolitique.
L’Ouganda a suspendu, le 19 septembre, toute coopération militaire et de défense avec la Turquie, une rupture brutale entre deux partenaires liés depuis près d’une décennie. L’armée ougandaise (UPDF) affirme que la mesure restera en vigueur jusqu’au règlement de « questions en suspens », sans les détailler.
Le contentieux le plus visible concerne Fred Lumbuye, blogueur ougandais installé en Turquie et virulent critique du président Yoweri Museveni. Kampala l'accuse notamment d'incitation à la violence et d'infractions informatiques, et réclame son extradition. La veille de l’annonce, des centaines de partisans de la Patriotic League of Uganda avaient manifesté devant l’ambassade turque à Kampala. Le mouvement est dirigé par Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président.
Lutte d'influence entre Ankara et Tel Aviv en Afrique
Mais la crise dépasse le cas Lumbuye. Muhoozi reproche aussi à Ankara son influence croissante en Somalie, où l'Ouganda déploie des soldats depuis 2007 contre les islamistes Shebab. La Turquie y est devenue un acteur militaire, économique et maritime majeur. Le général avait même réclamé à Ankara un milliard de dollars au titre des sacrifices consentis par Kampala en Somalie. Cette crise menace désormais une coopération couvrant formation, armement, surveillance et transferts de technologies.
Et Israël ? Le rapprochement entre Kampala et l’État hébreu nourrit les interrogations, mais aucun élément solide ne permet d’affirmer qu’Israël soit derrière la rupture avec Ankara. Muhoozi affiche ouvertement son soutien à Israël. En août, il a également inauguré à Entebbe un monument à Yonatan Netanyahou, frère de l’actuel Premier ministre israélien, tué lors du raid de 1976. L’Ouganda et Israël entretiennent par ailleurs une coopération sécuritaire.
Cette proximité survient alors qu’Ankara et Israël s’opposent sur plusieurs dossiers régionaux. Elle donne donc à la crise une dimension géopolitique supplémentaire, sans permettre d’en faire la cause. Les éléments disponibles renvoient d’abord au conflit autour de Lumbuye et aux divergences turco-ougandaises en Somalie.