Le 30 septembre 2022, les chefs des régions de Zaporojié, de Kherson, de Donetsk et de Lougansk ont signé avec le président russe le rattachement de ces territoires à la Russie, suite aux référendums d'adhésion. Pour Karine Bechet, c'est bien parce qu'il s'agit d'un moment historique pour le Monde russe que les atlantistes ne peuvent l'accepter.
Il y a quatre ans de cela, se sont tenus les référendums d'adhésion à la Russie dans les territoires libérés par l'armée russe. La participation massive des habitants, allant de 77 % à Kherson jusqu'à 97 % à Donetsk, montre bien la volonté des gens d'affirmer leur identité : ils sont russes, ils ne sont pas « occupés » par la Russie, c'est leur choix, ce n'est pas une annexion. Chacun avait conscience de vivre un moment historique.
Et le résultat fut sans appel : 97,51 % dans la République populaire de Donetsk (RPD), 92,6 % dans celle de Lougansk, 85,4 % dans la région de Zaporojié et 87,05 % dans celle de Kherson.
Le discours politico-médiatique occidental est posé : les gens ont voté le pistolet sur la tempe, sous la pression de l'armée russe.
Pour écrire une telle chose, il faut vraiment ne pas être allé sur place, ne pas avoir écouté les habitants depuis des années revendiquant d'être Russe. Il faut vraiment ne pas vouloir savoir, parce que cette réalité est inacceptable dans le Monde global.
Sous les tirs ennemis, les habitants sont allés voter pour rentrer à la maison. Comme la Crimée. Comment ne pas voter pour la Russie, quand l'armée atlantico-ukrainienne vous tire dessus, pour vous libérer... de vous-même et de votre vie ? Le choix était évident pour eux, pour ces « nouveaux territoires », qui sont des territoires russes historiques.
« Sur un grand et beau bulletin de vote, la question est : « Êtes-vous favorable à ce que la RPD devienne une entité constitutive de la Fédération de Russie ? » Des cases à cocher : oui ou non ? Les anciens cochent les cases et embrassent le bulletin.
- Ici, à Donetsk, ils pourraient économiser du papier en ne laissant que le carré « OUI ». Le Donbass est entièrement réservé à la Russie, et ce depuis longtemps. « Pas à cause du salaire, de la pension et de l'hypothèque, mais parce que c'est notre patrie. »
Ou encore :
« Une autre grand-mère sort des tartes encore chaudes. »
« Bien sûr ! On fête ça. Tout le monde n'a pas survécu ; quatre personnes sont mortes rien que dans notre rue. Mais aujourd'hui, on se réunit avec les voisins pour boire un verre », dit-elle »
C'est leur Patrie. C'est leur Terre. Et aucune propagande occidentale ne pourra le leur ôter. Dans le Donbass, ils se sont battus depuis 2014 contre le régime de Kiev, pour être reconnus malgré les Accords de Minsk, à peine adoptés, déjà bafoués.
D'autres territoires russes n'ont pas eu cette chance. On se souviendra du massacre de la Maison des syndicats à Odessa, par les groupes néonazis ukrainiens, voulant écraser dans le sang et la terreur la révolte populaire contre le régime de Kiev après le Maïdan. Les assemblées populaires dans les différentes régions de l'Est de l'Ukraine furent toutes écrasées ainsi. Mais, malgré tout, l'histoire reprend son cours. La Russie est revenue dans son cours historique, elle est revenue à elle-même.
Et c'est bien cela qui provoque une haine profonde et une peur atavique en Occident. Comment oser être libre, être soi, quand tous sont soumis ?
Après la Crimée, ces quatre régions. Le recul du Monde global est désormais ancré géographiquement. Le retour du Monde russe aussi. Or, ils sont incompatibles.
Soit le monde est global et il ne peut y avoir de place pour le Monde russe, car il ne peut y avoir d'alternative civilisationnelle et politique. Soit le Monde russe existe et le monde n'est plus global.
C'est donc bien un combat à mort.
Pourtant, les Occidentaux sont responsables de leur propre chute. S'ils n'avaient pas organisé la Révolution Orange en 2004, ils n'auraient pas eu besoin de pousser à l'écrasement de la société ukrainienne en 2014, et il n'y aurait donc pas eu, en réaction, de fuites de territoires vers la Russie.
S'ils ne reconnaissent pas leur responsabilité politique, ils oublient également le cadre juridique de ce monde. Le droit à l'autodétermination est conçu de manière plus qu'aléatoire. En réalité, il n'est reconnu par la communauté internationale que lorsque cela va dans le sens de la Globalisation.
Or, si les territoires ne peuvent faire sécession qu'avec l'accord de l'État d'appartenance, encore faut-il que cet État existe. L'Ukraine a perdu son étaticité fragile en 2004, elle est passée sous contrôle étranger et le processus a été achevé en 2014. On se souviendra de la présence de ministres étrangers dans le Gouvernement Yatseniouk après le Maïdan ; le Parlement a été pris d'assaut par les représentants du Maïdan autoproclamés députés et les députés non convertis persécutés ; les partis d'opposition au Maïdan tous interdits ; les tribunaux ne fonctionnaient plus normalement (ce qui est confirmé par la CEDH dans l'arrêt pilote Burmych et autres c. Ukraine, 2017).
Quand il n'y a plus d'État, les territoires sont libres de s'autodéterminer. En l'absence de droit, ils peuvent répondre à la force par la force pour se défendre. C'est ce qui s'est passé.
L'Occident a agressé l'Ukraine et a perdu.
Jamais la communauté internationale, tenue entre les tenailles des élites atlantico-globalistes, ne pourra reconnaître les nouvelles frontières de la Russie, car elle reconnaîtrait sa propre défaite idéologique – et stratégique.
Mais cela n'empêche en rien ces territoires d'être russes. Par la volonté des habitants. C'est ça la souveraineté : la légitimité du pouvoir national dépend de la reconnaissance populaire, puisque le peuple est le Souverain primaire, et non pas des intérêts extérieurs d'une certaine communauté internationale.
L'adhésion des « anciens-nouveaux » territoires à la Russie marque bien un tournant géopolitique. Elle marque aussi le retour de la Russie dans son histoire millénaire. Ce n'est pas la première fois que la Russie a été découpée. On se souviendra de la chute de l'Empire russe, mais elle a repris ses territoires et elle s'estimait légitime à le faire. Ici, elle est enfin revenue sur la défaite de 1991, qui n'est qu'un moment de l'histoire et n'impose pas une « nouvelle réalité » éternelle. Ce début de révolution cognitive chez les élites russes marque le processus de leur émancipation des dogmes globalistes.
D'autres peuples russes attendent la Russie, attendent de revenir dans l'histoire. Qui arrêtera l'histoire ? Certainement pas le fanatisme atlantiste, qui, bien au contraire, en accélère la réalisation.
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