Biolaboratoires en Ukraine financés par Washington : des documents américains confirment un dossier déjà dénoncé par Moscou
Source: Gettyimages.ruLe renseignement national américain affirme avoir identifié plus de 120 biolaboratoires financés par Washington dans plus de 30 pays, dont une quarantaine en Ukraine. Les documents publiés replacent au centre du débat un sujet que la Russie dit soulever depuis plusieurs années sur les activités biologiques américaines à l’étranger.
Le bureau de la directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, a publié le 12 juin des documents déclassifiés sur le financement par les États-Unis de plus de 120 biolaboratoires dans plus de 30 pays. Plusieurs de ces installations auraient travaillé sur des agents pathogènes dangereux ou hautement contagieux.
Les documents indiquent aussi que certaines informations sur l’existence, l’historique, le financement et la localisation de ces laboratoires auraient été tenues à l’écart du public américain. Ils évoquent également des recherches visant à augmenter les capacités de certains pathogènes, menées parfois avec un niveau de contrôle jugé limité.
Tulsi Gabbard affirme désormais vouloir poursuivre les vérifications afin d’identifier les laboratoires concernés, les agents biologiques étudiés et les programmes encore actifs.
L’Ukraine au centre du dossier
L’Ukraine apparaît comme le principal cas détaillé dans les documents publiés. Environ 40 laboratoires soutenus par Washington y sont mentionnés.
Les services américains avaient déjà averti qu’au moins un laboratoire financé par les États-Unis en Ukraine pouvait contenir des agents pathogènes très dangereux. La présence de tels sites en Ukraine, près des frontières russes, renforce les préoccupations de Moscou sur les risques sécuritaires liés à ces programmes.
Les documents évoquent aussi la construction et l’équipement d’au moins quatre laboratoires grâce à des financements américains de plusieurs millions de dollars. Ils mentionnent des coopérations avec différentes structures scientifiques et sanitaires américaines, ainsi que des travaux liés à l’anthrax, à la grippe aviaire, à Ebola, à la peste ou encore à la tuberculose.
Ils font également référence à des recherches de « gain de fonction », une pratique controversée qui consiste à modifier des pathogènes afin d’étudier leur virulence ou leur transmissibilité. Plusieurs éléments soulignent que ces travaux auraient été conduits avec un niveau de contrôle présenté comme limité, voire insuffisant.
Moscou voit ses alertes renforcées
En Russie, cette publication a été accueillie comme une confirmation des mises en garde formulées depuis plusieurs années. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a estimé que ces éléments rejoignaient ce que Moscou et le ministère russe de la Défense affirmaient depuis longtemps sur les activités biologiques américaines hors du territoire des États-Unis.
La Russie soutient depuis des années que les programmes biologiques financés par Washington près de ses frontières posent des questions de sécurité et de transparence. Le ministère russe de la Défense a publié à plusieurs reprises des rapports sur les activités biologiques américaines en Ukraine et dans d’autres pays de l’espace post-soviétique.
Cette position avait encore été rappelée fin mai par Sergueï Choïgou lors d’un forum international sur la sécurité.
Les documents publiés ne ferment pas le débat sur la nature réelle de ces programmes. Ils donnent un poids nouveau aux interrogations de Moscou sur l’ampleur du réseau financé par Washington, son niveau réel de contrôle et les risques liés à des recherches biologiques menées hors du territoire américain.