La France se veut fer de lance de l’abolition de la prostitution en dépit de ses échecs en la matière

La France se veut fer de lance de l’abolition de la prostitution en dépit de ses échecs en la matière© Compte X @alice_lcm
Des manifestantes contre la prostitution devant le Panthéon à Paris.
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Quelques dizaines de personnes ont manifesté le 12 avril devant le Panthéon à Paris pour l’abolition totale de la prostitution, dix ans après la loi de 2016 qui pénalise les clients. La France se présente comme pionnière, mais le bilan reste mitigé : précarisation accrue, explosion de la prostitution en ligne et hausse alarmante chez les mineures.

Une décennie après l’adoption de la loi du 13 avril 2016, qui a abrogé le délit de racolage pour sanctionner l’achat d’actes sexuels (amende de 1 500 euros, jusqu’à 3 750 en récidive), la France revendique son rôle de fer de lance abolitionniste. Pourtant, face à une réalité complexe, les critiques se multiplient alors qu’en décembre le RN avait provoqué la polémique en proposant de rouvrir les maisons closes.

Dix ans après : un modèle en demi-teinte

Devant le Panthéon, des « survivantes » originaires de 14 pays ont témoigné. « La réalité de la prostitution, ce n’est aucunement le libre choix » des femmes, « c’est le résultat de la pauvreté, de l’isolement et de la discrimination sociale », a déclaré l’une d’elles, coréenne.

Céline Thiebault-Martinez, députée socialiste et présidente du groupe d’étude sur la prostitution à l’Assemblée, a affirmé : « Avec la loi de 2016, qui pénalise les clients, la France est devenue le fer de lance de l’abolition de la prostitution ».

Elle regrette cependant que le volet prévention reste « très peu développé », alors que les recruteurs exploitent les réseaux sociaux pour attirer des adolescentes en leur vantant un « travail comme un autre » et la « liberté de leur corps ».

Dans le cortège, largement garni d’élus de gauche socialistes et communistes et soutenu par 80 organismes dont le Mouvement du Nid, la fondation Scelles et le Collectif national pour les droits des femmes, les pancartes clamaient : « La prostitution est violence », « Client homme normal comme Pelicot » ou « La prostitution n’est pas un job étudiant, c’est une violence ».

La loi a aussi créé des parcours de sortie pour les quelque 40 000 personnes concernées, majoritairement des femmes. Les condamnations pour proxénétisme ont doublé entre 2017 et 2024. Mais l’application reste inégale : seulement 1 442 clients verbalisés en 2025, dont plus de la moitié en région parisienne. Parallèlement, la prostitution de mineures a bondi de 43 % en quatre ans (704 victimes en 2025), souvent via des « lover boys » ou des proxénètes 2.0 opérant sur OnlyFans, MyM ou via VTC et Airbnb.

À l’inverse, le Strass, syndicat du travail sexuel, dénonce un « bilan catastrophique » en termes de précarisation et d’insécurité, plaidant pour un encadrement plutôt qu’une interdiction. Face au basculement massif vers l’internet (la prostitution de rue ne représente plus aujourd’hui que 8 %), des voix appellent à adapter la loi, jugée déjà obsolète par certains face au « proxénétisme 2.0 ».

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