Maroc : la montée en puissance du prince héritier relance les spéculations sur l’après-Mohammed VI
© Moroccan Royal Palace Source: APLa récente nomination du prince héritier, Moulay El Hassan, à un poste stratégique au sein de l'armée alimente les interrogations sur une possible préparation de la succession du roi Mohammed VI. Si le souverain conserve l’essentiel du pouvoir, son état de santé et la visibilité croissante de son fils nourrissent une «ambiance de fin de règne».
Le 2 mai, le palais royal marocain annonçait la nomination du prince héritier Moulay El Hassan au poste de coordinateur des bureaux et services de l’état-major général des Forces armées royales. À 22 ans, le fils du roi Mohammed VI accède ainsi à l’un des postes les plus sensibles de l’appareil sécuritaire marocain.
Cette nomination n’a rien d’anodin dans un royaume où l’armée constitue l’un des piliers fondamentaux de la monarchie. Elle rappelle également le parcours de Mohammed VI lui-même, nommé à une fonction similaire en 1985 par son père, le roi Hassan II, alors qu’il était prince héritier.
Intégrer le prochain roi à l'appareil militaire
Pour le journaliste et universitaire marocain Omar Brouksy, auteur du livre Maroc, fin de règne, cette décision s’inscrit avant tout dans une logique de préparation progressive du futur souverain. Selon lui, intégrer le prince héritier à l’organigramme militaire permet de le familiariser avec « les structures souverainistes de l’État » et avec les hauts responsables de l’armée.
Depuis plusieurs années, la santé de Mohammed VI alimente les spéculations. Affaibli physiquement par une maladie largement évoquée dans les médias et les cercles politiques marocains, le souverain demeure toutefois, selon Omar Brouksy, le véritable centre du pouvoir. « Aucune décision stratégique ne peut être prise sans qu’il soit informé et sans qu’il la valide », affirme-t-il.
Le roi conserve en effet des prérogatives considérables dans le système politique marocain. Chef de l’exécutif, président du Conseil des ministres et « commandeur des croyants », Mohammed VI concentre des pouvoirs politiques et religieux très étendus dans ce que lui-même qualifie de « monarchie exécutive ».
La visibilité renforcée du jeune prince
Dans ce contexte, la montée en visibilité de Moulay El Hassan attire de plus en plus l’attention. Le jeune prince apparaît régulièrement lors des cérémonies officielles et des événements diplomatiques majeurs. Pour plusieurs observateurs, cette présence accrue traduit une volonté du palais de préparer progressivement l’opinion publique à l’après-Mohammed VI.
Sa formation reflète également une évolution dans la stratégie royale. Contrairement à son père, formé dans une tradition largement francophone et juridique, Moulay El Hassan suit un parcours davantage tourné vers le modèle anglo-saxon. Après le Collège royal, il a intégré l’Université Mohammed VI Polytechnique, où l’enseignement est majoritairement dispensé en anglais.
Selon Omar Brouksy, le prince est notamment encadré par Mostafa Terrab, patron de l’Office chérifien des phosphates et figure influente du royaume, réputée proche du souverain.
Derrière cette préparation, plusieurs analystes décrivent néanmoins un climat de rivalités internes au sein des cercles du pouvoir, notamment dans les milieux sécuritaires. Le « Makhzen », terme désignant l’entourage proche du palais et les réseaux d’influence de la monarchie, devrait jouer un rôle central dans toute future transition.
Pour Omar Brouksy, une éventuelle accession au trône de Moulay El Hassan devrait d’abord s’appuyer sur cette « vieille garde », avant que le jeune prince ne puisse progressivement imposer son propre entourage et son style de gouvernance.